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Bali, la sagesse d’un monde qui réconcilie le noir et le blanc


Aujourd’hui, 28 avril, je célèbre mes 60 ans sur une île où le sacré se glisse dans chaque geste du quotidien. Je ne pouvais pas rêver mieux. À Bali, la vie n’est pas une lutte entre le bien et le mal, mais une danse subtile entre des forces opposées. Ici, la sagesse ne consiste pas à fuir l’ombre, mais à apprendre à cohabiter avec elle, à la transformer en offrande, et à en faire une alliée sur le chemin de la joie. En fait, c’est un peu toute ma vie qui se résume ici. Entre quête de vérité et gratitude pour la vie sous toutes ses formes.



Il pleut doucement ce matin à Ubud, une pluie fine, presque silencieuse, vêtue de quelques chants d’oiseaux, surtout le cri des coqs et le roucoulement des pigeons. Je reçois cette onde du ciel comme une bénédiction. Je me dis, comme toujours, que la vie est bien faite: pour vivre cette nouvelle décennie, ce passage de la jeunesse à la pleine maturité, elle m’a conduite jusqu’ici, sur cette île singulière où chaque pierre semble murmurer une prière.


Ici, le divin ne se cache pas dans des sanctuaires lointains mais habite les gestes les plus ordinaires. Il s’invite dans les maisons, dans les champs, dans les rizières, si bien qu’on n’y vit pas seulement dans une maison, mais aussi dans un temple. «Une maison, un temple» m’a joliment dit mon guide Sabda (photo ci-dessous), artiste peintre et danseur lors de cérémonies spirituelles.



A Bali, chaque foyer possède un ou plusieurs autels, généreusement garnis d’offrandes naturelles, appelés Canang sari. Ce sont de petites compositions sacrées destinées à remercier les dieux, harmoniser les forces de la nature et maintenir l’équilibre entre le visible et l’invisible. Ces délicates offrandes sont déposées chaque jour devant les maisons, les commerces, les temples, parfois même sur les scooters, les trottoirs, devant nos chambres d’hôtel, comme une respiration spirituelle du quotidien. Ce qui me stupéfie c’est que les Balinais le font naturellement. C’est gravé dans leur mode de vie comme une discipline de l'âme, une écologie personnelle. J’ai été profondément touchée par cette manière d’habiter le monde avec respect, par ces petites corbeilles d’offrandes déposées à tous les coins de rue, comme autant de messages silencieux adressés à la vie.


Un matin, alors que j’avais pris rendez-vous pour une réflexologie à l’aube, j’ai surpris à travers l’entrebâillement de ma porte, le masseur en train de prier, d'allumer un bâtonnet d'encens, avant de commencer son soin: pas pour lui, mais pour moi et les dieux, comme si son travail n’était pas seulement un geste technique mais un acte vertical habité.


Dans cette culture, on ne travaille pas seulement avec ses mains, on travaille avec son cœur, son âme, et cette conscience que tout est relation, que tout est échange entre le haut et le bas. «Il y a quelques jours, c’était la fête du métal. Alors nous avons remercié nos voitures, nos motos et nos byciclettes…C’est la meilleure manière de ne pas finir dans le fossé!», m’avait raconté en riant Mamaté, la gérante et propriétaire du merveilleux centre de séminaire où j’ai participé à une formation sur le décryptage des opérations sous faux drapeau, conduit par le grand journaliste d’investigation Ole Dammegard.


Mammaté a conduit un rituel de gratitude et de purification pour notre groupe de participants dans le temple de sa maison
Mammaté a conduit un rituel de gratitude et de purification pour notre groupe de participants dans le temple de sa maison

Un parfum de paradis sur Terre Peut-être est-ce cela qui donne à Bali ce parfum de paradis sur Terre, non pas un paradis naïf ou irréel, mais un paradis lucide, un paradis incarné, un monde qui accepte la vie telle qu’elle est, avec ses contradictions, ses tensions, ses polarités, car partout sur l’île, les carrés noirs et blancs des étoffes sacrées me rappellent cette vérité simple et puissante: la vie est un tango permanente entre des forces contraires.


Les Balinais ne cherchent pas à éliminer l’ombre, ils apprennent à vivre avec elle, à la reconnaître, à l’apprivoiser comme un corbeau belliqueux avec des graines de maïs, à lui donner une place, sachant que la lumière n’existe que parce que l’obscurité lui donne un contour. Ils pactisent avec les monstres, non pas pour se soumettre à leur pouvoir, mais pour les calmer et rassasier leur appétit de pouvoir avec du riz, des feuilles de palmier tressées et des fleurs colorées.


Cette philosophie m’a profondément bouleversée, car elle manifeste en dehors de moi ce que j’ai cherché à tisser «en dedans» toute ma vie. Comme jamais au paravant, la toile imprimée de mon âme se reflète sous mes yeux, dans le monde extérieur, estompant la séparation entre mon corps physique, mon paramétrage interne et «la vie dehors». À Bali, je me sens alignée entre mon univers intérieur et ce que je vois autour de moi.


Aussi, à 60 ans, Bali me rappelle que la maturité humaine ne consiste pas à devenir parfaite, à rester séduisante, à s’acharner contre les rides, mais à enfin accueillir ses scories intérieures, à regarder ses zones d’ombre tout en déployant ses rayons de soleil. Ce peuple béni nous apprend à transformer les épreuves en offrande, les blessures en sagesse et les peurs en courage.


À Bali, j’avais rendez-vous avec les deux grands axes de ma vie en même temps: chercher avec ténacité à exprimer une intégrité personnelle, professionnelle et une vérité journalistique, indépendante et objective. Entre échecs et réussites, je pousse à cloche-pied mon petit caillou sur la grande marelle du Vivant.


Des faux drapeau à la vraie vie Mais la raison première de ma visite n’était pas cette rencontre inattendue avec l’esprit de l’île. Cette découverte-là fut un cadeau dans le cadeau! Mon premier cadeau fut ma rencontre avec Ole Dammegard dont j'admire et suis le travail depuis des années. À ses côtés, nous sommes venus du monde entier pour plonger dans des eaux bien plus sombres. Lors de son fascinant séminaire d’une semaine, nous avons disséqué avec minutie de nombreux attentats terroristes présentés au monde comme des fatalités, mais dont les mécanismes révèlent très souvent des stratégies de manipulation vertigineuses.


La mission de Ole Dammegard consiste, depuis plus de quarante ans, à enquêter sans relâche sur les zones d’ombre de l’actualité, en particulier sur les attentats et événements violents qu’il soupçonne d’avoir été orchestrés pour manipuler les opinions publiques. Son travail vise à révéler les mécanismes cachés derrière ces drames, afin d’encourager chacun à développer son discernement et à ne pas accepter les récits officiels sans questionnement. Au cœur de sa démarche, il y a une conviction simple: la vérité, même dérangeante, est une condition essentielle pour préserver la liberté et la responsabilité des citoyens.


J'ai été impressionnée par son engagement et son travail titanesque, à rassembler des milliers de documents, des images et des preuves stupéfiantes, consternantes, terrifiantes. Nous sommes dupés en permanence. Même si les médias conventionnels commencent à s'ouvrir très sensiblement à ses enquêtes, le processus est long, bien trop long. Pourtant, grâce aux efforts acharnés qu'il a rendus publics autant que possible sur des réseaux alternatifs, Ole Dammegard est convaincu qu'il a réussi à désarmocer plusieurs attentats qu'il avait prédis à l'avance et sauver des vies.



Comme lui, mon cœur de journaliste aspire depuis toujours à percer les mensonges de l’actualité, à soulever les voiles, à démasquer les acteurs et les faiseurs de guerre. Car aimer le monde, pour moi, ce n’est pas fermer les yeux, c’est regarder en face, même lorsque cela dérange, secoue, ou nous oblige à traverser des paysages intérieurs cruels et accidentés.


Ce qui me surprend le plus, c’est que même en plongeant au cœur des opérations de manipulation mondiale les plus écoeurantes - dont la récente et grotesque attaque mise en scène à la Maison Blanche en est un magistral exemple - la déprime ne m’atteint jamais. Même en ayant travaillé dans des contextes de guerre difficiles, j’ai toujours senti en moi une rivière de joie permanente, une source intacte, une certitude douce, comme si au fond de mon être coulait une musique indestructible, une confiance tranquille, la sensation que tout cela n’est peut-être qu’un immense théâtre, un jeu d’illusions où l’humanité apprend, lentement, laborieusement, à faire l’expérience de l’amour. Cela dit, si je résiste de moins en moins aux manifestations de la polarité négative, je ne me résigne pas pour autant. Mais plutôt que de me plaindre du vent, je préfère hisser une voile par des actes concrets…


Et puis, comme pour me rappeler cette vérité essentielle, j’ai aperçu de loin un petit garçon de l’île (vidéo ci-desssous) qui jouait au bord d’un chemin, souriant avec une simple feuille suspendue au bout d’une branche, le plus naturellement du monde, sans écran, sans jouet sophistiqué, sans distraction artificielle, juste une feuille, le vent, et son rire. Il m’a montré que le bonheur n’est pas une conquête mais une disposition intérieure, une disponibilité à l’émerveillement, une simplicité retrouvée, une fois qu’on a démasqué les prédateurs en soi et dans le monde. Ici les jeux naissent des branchages et les rêves s’envolent avec les cerfs-volants au-dessus des rizières, comme si l’enfance n’avait jamais quitté cette terre, comme si la joie était une évidence, une respiration, une manière d’enlacer l’existence.



Une journée préparatoire entre bénédiction et purification

Hier enfin, j’ai vécu une expérience qui restera gravée dans mon cœur pour toujours, lorsque je me suis rendue dans un temple de l’eau pour un rituel de purification à la veille de mon anniversaire. «Tu dois te nettoyer le jour avant, pour fêter toute propre le jour J» m’avait dit malicieusement Sabda.


En entrant dans le bassin sacré, vêtue d’un sarong orange, j’ai laissé l’eau couler sur mon visage, sur mon corps, sur mon histoire, lui confiant les archives poussiéreuses de ma vie, lui demandant de laver ce qui n’avait plus besoin d’exister, ce qui n’était plus utile à ma croissance intérieure, de me libérer de tous liens moribonds. Et dans ce moment suspendu j’ai ressenti une présence douce, profondément aimante, des larmes ont coulé, non pas des larmes de tristesse mais des larmes de la Vie Jaillissante. Je me suis sentie reliée à quelque chose de plus grand que moi.


Quand soudain, un petit papillon bleu s’est posé sur moi et ne m’a plus quittée pendant de très longues minutes. Il est même resté avec insistance, malgré les éclaboussures de l’eau, malgré mes mouvements, comme une fragile estampille, une caresse venue d’ailleurs, un moment de grâce qui restera vivant en moi toute ma vie. Je l’ai vécu comme une confirmation intime que la vie nous parle sans cesse lorsque nous prenons le temps de l’écouter.


Mais je sais aussi, sans l’ombre d’un doute, que l’esprit de ma mère qui a quitté ce monde en début d’année et qui adorait les papillons, est venue me rendre visite dans ce moment béni. C’était peut-être la première et vraie rencontre avec elle… Alors un élixir de gratitude

a coulé dans mes veines et je l'ai remerciée pour ce cadeau immense.


Le temple en l'Homme

Alors aujourd’hui, en franchissant ce cap symbolique des 60 ans, je ressens de la gratitude pour «la route de le joie» parcourue, pour les épreuves qui m’ont forgée, pour les rencontres qui m’ont transformée, pour les erreurs qui m’ont enseigné l’humilité, pour les conseils bienveillants de mes amis qui m’ont donné l’élan de continuer à partager la Beauté.


Car la paix ne vient pas d’un monde sans obscurité: elle vient d’un cœur capable d’aimer la vie telle qu’elle est, sans lui résister, sans la condamner, et du fond du cœur je lui dis simplement oui et merci. Merci pour ma vie, merci à toutes celles et ceux qui ont croisé ma route et qui m’ont rendue meilleure; merci à cette île de m’avoir rappelé que la joie n’est pas l’absence de carrés noirs, ni la quête obsessionnelle de carrés blancs, mais de trouver son équilibre sur le fragile fil du funambule entre tous les mondes.




 
 
 

14 commentaires

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bonjour Isabelle

Aussi désolant soit-il:

de l'avidité incessante de tous ces personnages qui mettent en scène

de la perversité mettant à terre ceux qui sont pris au piège

de l'envie grossière d'un pouvoir illusoire et destructeur

Aussi réjouissantes soient-elles

la lumière de chaque matin rayonnante dans nos coeurs

la musique presque imperceptible mise en oeuvre par les plus grands compositeurs

la couleur du centre inimaginable de chaque fleur

Aussi impressionnantes soient-elles

la beauté et la laideur

la joie et la souffrance

la naissance et la mort

la réjouissance et la désolation

jamais je ne me lasserai de croire à ce qui est plus grand plus haut plus enfoui plus tenace plus sincère plus authentique

toujours je m'accroche à cette pensée…


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🙏

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Angelica
06 mai

Joyeux anniversaire Isabelle. Tous mes meilleurs vœux de joie et d’amour. J’ai découvert l’année passée. Java et Bali donc en lisant ton article magnifique d’ailleurs à ce sujet j’ai voyagé à nouveau là-bas. Mille mercis. À bientôt.

Angelica

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Merci chère Angelica! Quelle bonne surprise que je découvre un peu tard, mille excuses, mais néanmoins avec grande joie! Gros bisou

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Invité
05 mai

Merci pour ce bôh partage, ces belles couleurs, ces rires d'enfants et lueurs d'espoirs; malgrès la noiceur des hommes. Continuer à avancer, un pas après l'autre, poser une pierre, une intention ou un billet pour que le monde se porte mieux, c'est un pas vers la gué-ris-ons.

Parce que seul, nous ne pouvons rien, mais ensemble, nous sommes le tout.

Joyeux anniversaire Isabelle

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Merci merci! Très touchée!

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Noté 5 étoiles sur 5.

Magnifique.. bien venue dans le cercle des soixante. J'aime bcp cette décennie presque terminée pour moi ... la récolte de toutes les autres décennies qui apporte une paix une lucidité un amour plus vrai plus juste et mieux regardé.. infini merci pour cet article magnifique lui aussi..

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Merci chère Estelle! Je dois avouer que je sens déjà la récolte 10 jours à peine après mon anniversaire! Magique!

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Noté 5 étoiles sur 5.

Quelle belle façon d'entrer dans une nouvelle décennie. Joyeux anniversaire Isabelle.

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Merci beaucoup chère Xenia!

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