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Passage à piéton: le petit merci qui vaut plus qu'un droit

Dernière mise à jour : 11 août

L'autre jour, un simple passage piéton m'a inspiré ce billet d’humeur, aiguisé comme un canif Victorinox. Je plante le décors: un couple, un freinage d'urgence, une armoire IKEA et un "merci" qui n'est jamais venu. Enfin... presque.


Je quitte l'autoroute à bonne allure, comme n'importe quel automobiliste qui sort d'une voie rapide, lorsque j'aperçois un couple approcher d'un passage piéton. Ils me voient arriver de loin. Ils constatent ma vitesse. Derrière moi, pas une seule voiture, en face non plus. Dans cinq secondes à peine, j'étais passée et ils auraient pu traverser tranquillement, sans le moindre stress. Mais non. Sans hésiter, ils allongent le pas, sans un petit geste de la main, sans un merci. J’écrase la pédale de frein, au risque de me faire décapiter par l’un des cartons de ma nouvelle armoire.



Je sens alors monter en moi cette petite vapeur intérieure qui annonce généralement une éruption volcanique de moyenne intensité. J'abaisse ma vitre et je lance, un peu beaucoup piquée:

— «Vous auriez quand même pu dire merci!»

Le monsieur se retourne aussitôt.

— «Oui, désolé... merci!»

Et là, je retrouve immédiatement foi en l'humanité…pendant trois secondes.

Car sa compagne me répond d'un ton aussi chaleureux qu'une contravention:

— «C'est la moindre des choses que vous vous arrêtiez!»

Juridiquement, elle avait raison. Humainement... elle avait tort. Car c'est précisément là que se niche toute la différence.


Bien sûr que le Code de la route m'oblige à m'arrêter. Personne ne conteste cela. Mais un merci ne récompense pas seulement une obligation. Il célèbre un instant où trois inconnus se sont rendus la vie un peu plus agréable. Personnellement, lorsque je traverse un passage piéton, je remercie presque systématiquement les automobilistes. Pourtant, je suis dans mon droit. Je ne dis pas merci parce que j'y suis obligée. Je dis merci parce que cela me fait plaisir... de leur faire plaisir! Parce qu'un sourire ne coûte rien et peut illuminer leur journée. Parce qu'un petit signe de la main transforme un simple arrêt imposé en une rencontre, même furtive. Parce qu'au fond, je préfère mille fois vivre dans un monde où l'on échange des sourires que sur un globe où chacun brandit son règlement comme un trophée que l’on a même pas gagné soi-même.


Cela m'a rappelé un article que j'avais consacré aux droits et aux devoirs. Nous parlons énormément de nos droits — parfois avec raison — mais beaucoup moins de ces petits devoirs invisibles qui rendent pourtant la vie infiniment plus douce. Le devoir de remercier. Le devoir d'encourager. Le devoir de faire plaisir. Le devoir d'apporter un peu de chaleur là où la loi ne peut offrir que des règles.

Le droit organise la société. La délicatesse, elle, la rend vivable.


Ce petit geste de la main au passage piéton est peut-être l'une des plus jolies inventions de notre civilisation. En une seconde, il dit: «Je vous ai vu. Merci d'avoir pris soin de moi. Je vous en souhaite de même. Bonne route.» Cinq secondes plus tard, chacun poursuit sa vie et on repart un tout petit peu plus léger.


La dictature du dû

À l'inverse, lorsque chacun se contente d'exiger ce qui lui est dû, sans jamais rien offrir en retour, quelque chose s'assèche lentement entre nous. Les relations deviennent mécaniques. Les sourires disparaissent. Nous respectons les règles, mais nous oublions la grâce.


Rien ne m’agace plus que ceux qui pratiquent systématiquement le «Ça m’est dû». Vous savez, ceux qui s’allonge confortablement sur le coussin des lois pour jouer au roi. Et il y en a une craquée comme ça: le duo de cyclistes qui pédale côte à côte sur une route étroite, en pleine conversation sur les mérites comparés du carbone et du titane, pendant qu'une file de vingt voitures admire patiemment leurs mollets luisants; le client qui claque des doigts au restaurant parce qu'il attend depuis... quatre minutes; celui qui écoute ses vidéos sur son téléphone dans le train, sans écouteurs, ou qui partage sa vie privée avec tout le wagon au motif qu'aucun panneau ne l'interdit explicitement; le vacancier qui réserve une rangée de transats avec ses serviettes dès l'aube et disparaît jusqu'à midi...sans oublier la voiture qui roule exactement à 120 km/h dans la file de gauche sur l'autoroute et ne vous laisse jamais passer, sous prétexte qu'il est dans son droit et qu'il respecte la vitesse. Ceux-là se délectent du rapport de force comme on glisse sa langue sur un cornet de glaces!


Et c’est précisément ce que j’ai constaté sur ce passage à piéton. Je n’ai pas observé deux personnes qui avaient simplement besoin de traverser, mais elles voulaient me montrer qu’elles étaient dans leur droit. Pourtant, la vraie courtoisie ne consiste-t-elle pas parfois à regarder aussi la situation de l'autre? La loi donne des droits, bien sûr. Mais elle n'interdit pas le discernement et la délicatesse.


La politesse, c'est l'intelligence du contexte

Alors oui, je plaide sans honte pour le retour du merci au passage piéton. Pas parce qu'il est obligatoire, mais parce qu'il est beau et gratuit, justement parce qu'il n'est pas obligatoire!

C'est peut-être cela, finalement, qui me touche tant chez les gens qui disent merci. Ils ont compris qu'entre le noir et le blanc existe une magnifique nuance que l'on appelle l’intelligence du coeur. Ils savent qu'une société ne fonctionne pas seulement grâce aux règlements, mais grâce à ces milliers de micro-ajustements que chacun consent pour rendre la vie plus agréable aux autres. Il y a les personnes qui vivent uniquement à travers leurs droits, et celles qui se demandent ce qu'elles peuvent offrir à chaque instant. La loi nous fait cohabiter, la courtoisie nous fait vivre ensemble.


Je conclus par mon propre examen de conscience: apprendre à ne pas les attendre, ces petits gestes des autres qui élèvent tout le monde en même temps. À offrir moi-même cette bienveillance sans espérer qu'elle me soit rendue. Chaque acte de bonté que nous offrons finit toujours par nous revenir, parce qu'il transforme d'abord celui qui le pose.

17 commentaires

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Agnès
25 août
Noté 5 étoiles sur 5.

J'ai une petite anecdote à partager qui vient rejoindre ton expérience.

Je termine mes courses au supermarché et je me dirige vers la caisse. Il y a du monde en attente...

En face de moi je vois arriver une dame poussant son caddie et qui force son pas pour arriver avant moi à la file d'attente. Mais ayant un peu d'avance nous arrivons exa aequo. Je constate le manège et je dis à la dame : "votre caddie est moins chargé que le mien, allez y ! " Réponse : "ben, de toute façon je suis arrivée avant vous ! " ça a fait un truc très désagréable dans mon ventre mais je n'ai rien répondu et j'ai seulement échangé…

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En réponse à

C'est exactement ça! Le défi dans tout cela, c'est que toi, qui a été généreuse et aimable, reste dans la vibration de ton don. Rester centrer uniquement sur cette énergie. C'est ce que je dois apprendre à pratiquer aussi: à ne pas m'énerver de la manière avec laquelle l'autre accueille ou non ma générosité. Merci pour ce témoignage.

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Noémie
11 août
Noté 5 étoiles sur 5.

<3

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Invité
09 août

LE mot, c'est : intelligence du coeur! 😇

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Koryn
09 août
Noté 5 étoiles sur 5.

Merci pour ce texte illustrant ce que nous ressentons de plus en plus... A contrario d'un "pseudo-combat" où personne n'y "gagne" quoi que ce soit si ce n'est de la tension, de l'agressivité, de la rancœur, les sourires "gratuits", les petits gestes pourtant si "grands" nous font aujourd'hui tellement de bien...

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Invité
09 août
Noté 5 étoiles sur 5.

Même combat 😊

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