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Rairé: le vent et l'homme font tourner ce moulin depuis 5 siècles

il y a 2 jours
6 min de lecture

Depuis 1555, le Moulin de Rairé, en Vendée, est presque un être vivant. Ici, pas de moteur électrique caché derrière le décor, pas de folklore reconstitué pour touristes: le vent souffle, les ailes tournent et le grain devient encore farine. Mais si ce vieux moulin a résisté à près de cinq siècles d’Histoire, c’est peut-être surtout parce qu’à chaque génération, quelques humains suffisamment tenaces ont refusé de le laisser mourir. Rencontre extraordinaire avec Richard Billet, meunier, passeur et gardien du vent.


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Puisse la magie de ce lieu donner des ailes à l'abondance générée par mon travail. Un reportage à écouter de préférence avec attention, vous risqueriez de passer à côté du vent! ;-)


Pour voir le reportage et cliquer sur la vidéo ci-dessous:



Rien ne me rend plus heureuse que de réaliser un nouveau reportage. Surtout quand il m'a donné des ailes et que je peux vous partager ma joie! À Sallertaine, dans le marais nord-vendéen, la star de mon documentaire est une grosse tour coiffée d’un toit, avec quatre ailes tendues vers le ciel. Le Moulin de Rairé est né vers 1555, alors propriété du seigneur de la Garnache, Jacques de La Touche. Il a traversé les siècles avec une constance qui force le respect.


Épargné pendant les guerres de Vendée, passé en 1840 aux mains de la famille Barreteau, grande famille de meuniers du marais, il a surtout survécu à un ennemi beaucoup plus redoutable pour les moulins: le "progrès". Car le XXe siècle n’aime guère attendre que le vent se lève.


Les minoteries industrielles arrivent, les moteurs remplacent Éole, les rendements s’imposent et, les uns après les autres, les moulins replient leurs ailes. À Sallertaine, ils étaient encore quatorze. Peu à peu, tous se taisent. Tous sauf un. En 1933, alors que la modernité condamne ces vieilles machines héritées du Moyen Âge, une jeune veuve et mère de trois enfants, s’entête: Amélina, épouse de Marcel Burgaud, mort au combat. Pour nourrir ses enfants, elle garde le moulin. Après la Seconde Guerre mondiale, tandis que les derniers moulins des environs cessent de travailler, Rairé continue. Et son meunier commence déjà à ouvrir sa porte aux visiteurs pour leur transmettre les gestes hérités de ceux qui l'ont précédé.


Il y a quelque chose de profondément émouvant dans cette obstination qui est une grande histoire de résilience et d'amour.


Une formidable machine à vent

Le moulin lui-même est une merveille d’intelligence ancienne. Construit pour affronter les vents d’ouest qui balaient vigoureusement les polders, il est équipé depuis 1864 des ingénieuses ailes inventées par Pierre-Théophile Berton. Le principe est magnifique de simplicité: des planchettes de bois mobiles permettent de modifier la surface exposée au vent et donc d’adapter la puissance des ailes sans avoir à arrêter tout le moulin. Depuis leur installation, le principe n’a pas changé. Il a été entretenu, réparé, transmis.


Voilà peut-être ce qui est le plus émouvant à Rairé: rien n’y est factice. On ne caricature pas le passé. On vibre avec la tradition. Le site officiel le revendique d’ailleurs avec une franchise réjouissante: pas de moteur électrique pour faire tourner artificiellement les ailes, pas de «meunier d’opérette», pas de folklore. Le moulin demeure un véritable outil de travail. On y écrase toujours des céréales et la farine produite alimente encore particuliers et professionnels. Dans un local attenant, d’autres meules permettent de travailler notamment le blé, le sarrasin et le riz. Les farines sont produites sans traitement chimique ni additif.

Richard Billet, les mains et les bras du travailleur acharné, le regard de l'enfant émerveillé et un coeur grand comme les ailes de son moulin!
Richard Billet, les mains et les bras du travailleur acharné, le regard de l'enfant émerveillé et un coeur grand comme les ailes de son moulin!

Richard, ou l’art de ne pas brusquer le vent

Puis il y a Richard Billet. Il aurait pu se contenter de raconter l’histoire du moulin. Après tout, l’homme fut professeur d’histoire. Mais quelque part en chemin, il a traversé le miroir: de celui qui raconte les hommes d’autrefois, il est devenu celui qui perpétue leurs gestes. Et quand il parle de son moulin, plus précisément celui de son épouse Anne, très vite, la mécanique devient presque membre de la famille. "On fait ménage à trois!" lance-t-il avec humour.


Il faut écouter. Sentir. Anticiper. Ne jamais demander au moulin davantage que ce que le vent peut lui donner. Savoir quand ouvrir davantage les ailes et quand, au contraire, les retenir. Reconnaître un engrenage qui force, une pièce qui fatigue, une meule qui réclame d'être rhabillée. Accepter surtout cette donnée devenue presque incongrue dans notre civilisation du bouton «ON/OFF»...


Voilà peut-être pourquoi les vieux métiers ont encore tant à nous apprendre. Nous avons bâti un monde où tout doit être disponible immédiatement: la lumière, la chaleur, l’information, la nourriture, les objets, les hommes parfois. Le moulin, lui, appartient à une autre philosophie. Celle du moment juste. De l’attention. De l’adaptation. Le vent tombe? On attend. Il forcit? On ajuste. Il change de direction? On se repositionne. Ce qui pourrait passer pour une contrainte devient alors une école, une conversation même, avec la nature.


Ce que cinq siècles ont déposé dans la farine

En parcourant Rairé, je me suis surprise à penser à toutes les mains dont il ne reste aucune photographie. Combien d’hommes et de femmes ont-ils gravi ces marches de bois sans âge? Combien de sacs ont été hissés? Combien de grains versés entre les meules? Combien de dents de bois remplacées, de mécanismes réparés, de meules rhabillées? Combien de regards levés vers le ciel avant de décider si l’on pouvait travailler? Des milliers et des milliers de gestes minuscules, accomplis sans jamais imaginer qu’un jour nous les appellerions «patrimoine». Ils travaillaient, voilà tout.


Ils nourrissaient leurs familles, les habitants des environs, les animaux. Et de génération en génération, sans manifeste ni grand discours sur la transmission, ils ont déposé dans cette charpente quelque chose qui dépasse infiniment la farine: une manière d’habiter le monde.


C'est sans doute cela que Richard, Anne et leur fils Pierre protègent aujourd'hui. Non pas seulement une belle machine de la Renaissance, mais une continuité humaine. Ce fil ténu qui relie celui qui savait hier à celui qui saura demain. Dans le commentaire de mon reportage, je parle de ces «gardiens de gestes anciens qui ne cherchent pas à arrêter le temps, mais simplement à ne pas rompre le fil».


Et le paradoxe est délicieux : dans ce lieu entièrement tourné vers le passé, je n'ai jamais eu l'impression de regarder en arrière. Peut-être parce que transmettre n’est précisément pas regarder derrière soi. C'est tendre quelque chose à celui qui vient.


Les gens ordinaires extraordinaires

Sur Planète Vagabonde, les trésors ne sont jamais très loins de mes pas, ni de ma roulotte Mandoline, nichée dans le parc du Château de la Flocellière. Je n'ai jamais vraiment cru que le monde était tenu debout par ceux qui montent sur les podiums. Mais plutôt par ceux qui oeuvrent discrètement sous les charpentes de la conscience. Ceux qui restaurent un mur en pierres sèches, cultivent une semence ancienne, sauvent un animal, réparent plutôt que jettent, transmettent une chanson, un métier manuel, une recette ancienne, un geste qui bâtit. Richard Billet appartient à cette confrérie-là.


Une personnalité ordinaire extraordinaire, comme je les aime: de celles qui ne prétendent pas sauver le monde mais s'appliquent, chaque matin, à préserver soigneusement le petit morceau de pain qui leur a été confié. Et peut-être est-ce ainsi, finalement, que l'on pacifie le monde, un morceau de mie après l'autre. Une génération après l'autre. Une aile après l'autre.


À Rairé, les hommes passent et le moulin demeure. Non parce qu'il serait indestructible, mais précisément parce qu'il ne l'est pas. Parce qu'il a constamment besoin de mains, d'attention, de savoir-faire et de l'amour des hommes pour continuer à tourner.


Alors, lorsque j’ai repris la route, je suis repartie avec ce petit supplément d’âme que les belles rencontres déposent en nous comme une offrande invisible, légère comme le vent, et pourtant assez puissante pour nous remettre dans le bon sens.


Moulin de Rairé, une escale magique dans un autre monde
Moulin de Rairé, une escale magique dans un autre monde

7 commentaires

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suzette.s
il y a 5 minutes

D'une beauté fortifiante. Merci.

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yvonne
il y a 4 heures
Noté 5 étoiles sur 5.

Magnifique ! MERCI Isabelle

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blandine.jardindessons
blandine.jardindessons
il y a 10 heures

C'est le vent du large qui chante ! La joie du lien avec la nature se manifeste au grand jour et c'est communicatif ! Belle approche de l'automne, dont le vent et la pluie vont nous apporter la fraîcheur après la canicule. Au passage, cet été m'a fait penser aux habitants des pays chauds ! Intérêt des expériences et des découvertes ! A la prochaine, cordialement, Blandine

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❤️

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estellemoriergenoud
il y a un jour
Noté 5 étoiles sur 5.

Y'a de l'air à Rairé c'est le moins que l'on puisse dire. L'air de rien, l'air qui indique tout' l'aire du temps authentique , l'air de la justesse de soi -même, l'air de la chanson des ailes , l'air de famille, l'air de l'histoire , l'air de la conscience humaine ... pas un air de vacances ... non non point du tout ... qu'est ce mot?? Pas un air de routine ennuyeuse, pas un air de trop ... juste un air de joie , un air d'être à sa place, un air du temps de vie , un air du respect .... merci pour cet air de Richard et famille. Merci Isabelle pour cet air de moulin qui tourne juste…

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Merci pour cette danse des mots absolument délicieuse, chère Estelle! Et merci de ta donation! ;-)

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Noté 5 étoiles sur 5.

L’un de mes reportages préféré! Comme il est bon de le partager! C’est ma vie de pouvoir le faire et je lui dis MERCI! 🙏

Modifié
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