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Elodie rit pour ne pas sombrer

Dernière mise à jour : il y a 13 heures

Il n’est jamais simple d’écrire sur quelqu’un que l’on aime. Encore moins lorsqu’il s’agit de sa cousine, une jeune femme dont on a vu les premiers pas, les élans, les fragilités, et cette sensibilité à fleur de peau qui fait les vrais artistes, mais qui les expose aussi davantage que les autres aux tempêtes de la vie. Élodie Perrelet n’a jamais été une nature tiède. Elle ressent tout intensément, la joie, la douleur, l’injustice, la beauté, avec cette acuité particulière qui caractérise les âmes vibrantes, celles qui cherchent à vivre en entier. Une sensibilité qui peut devenir une blessure, mais qui, entre ses mains, s’est transformée en écriture. À l'heure où la littérature fait naufrage dans une soupe claire de phrases creuses, hommage à une grande plume.



Aujourd’hui, ma cousine signe son premier livre, "Rire ou sombrer, ce que la brume sait de moi". Un titre qui dit tout, qui sonne comme un choix fracassant, un pari à ne perdre sous aucun prétexte. Car ce récit n’est pas seulement celui d’une chute, ni celui d’une maladie (troubles bipolaires), ni même celui d’un combat contre l’addiction à l'alcool ou les troubles de l’âme. C’est le récit d’une traversée et d'une ascension. Une traversée de la nuit, de la peur, de la honte parfois, du vertige intérieur, mais aussi une traversée de la vie, avec ses éclats d’humour, ses élans de tendresse, cette volonté farouche de ne pas disparaître, d'aimer et d'être aimée envers et contre tout.


Ce qui frappe immédiatement à la lecture de son livre, c’est sa lucidité caustique et tranchante comme une lame de rasoir. Une lucidité sans complaisance, sans faux-semblant. Élodie ose regarder la réalité en face, même lorsqu’elle fait mal, même lorsqu’elle dérange. Elle raconte ses aller-retours dans les cliniques psychiatriques avec une précision presque cinématographique, mais toujours traversée d’une ironie salvatrice. Comme Madame Bovary, elle a soif d'un absolu amoureux, même quand il pique. Elle observe, elle analyse, elle raconte. Et au cœur même de la confusion, de la peur et de la solitude, elle écrit: «Rire, c’est dire au cauchemar: tu ne m’auras pas tout entière


Il faut une force immense et une sincérité totale pour écrire cela. Une force que l’on ne mesure pas toujours depuis l’extérieur. Car tomber, chacun peut y être confronté un jour ou l’autre. Mais revenir demande une énergie intérieure que seuls ceux qui ont frôlé le gouffre connaissent vraiment. Dans son livre, Élodie ne cherche pas à embellir son parcours. Elle parle du grand froid de l'âme, de la fatigue morale, des médicaments qui apaisent sans guérir, des jours où l’on avance à petits pas, presque mécaniquement, sans savoir si l’on tiendra jusqu’au lendemain. Elle décrit ce retour à la vie, sa désintoxication et sa libération, avec une simplicité bouleversante, loin des récits héroïques triomphants: «Pas intacte. Pas glorieuse. Pas triomphante. Revenue. Un mot simple. Un mot modeste. Mais parfois, ce retour en un seul morceau, même rapiécé, est déjà une victoire


Oui, une victoire. Une victoire silencieuse, discrète, presque invisible aux yeux du monde, mais immense pour celui ou celle qui la vit; qui en est témoin au quotidien, comme sa douce mère. Car dans cette traversée de l'enfer, sa présence maternelle ne vacille jamais. Une femme discrète, tenace, d’une patience inouïe, qui avance sans bruit mais sans jamais lâcher la main de sa fille. Dans les pages du livre, cette mère apparaît comme une figure de courage silencieux, une combattante du quotidien, prête à affronter la bureaucratie médicale, les doutes, les regards, et l’épuisement moral pour rester debout aux côtés de son enfant. Elodie Perrelet la décrit avec une gratitude profonde, presque sacrée: «Ma mère contre la bureaucratie médicale: un combat de gladiatrice. Ma mère, héroïne malgré elle. Son amour, immense et déraisonnable, finira bien par me sauver.» Et c'est le cas.


Il y a dans ces mots quelque chose de bouleversant, parce qu’ils disent une vérité universelle: derrière chaque personne qui se relève, il y a souvent une main qui n’a jamais lâché. Ici, c'est une mère qui veille, qui insiste, qui espère quand l’autre n’y croit plus. Une mère qui, même dans la fatigue et l’inquiétude, continue d’aimer avec une fidélité indestructible. Et dans le regard qu’Élodie porte sur elle, on devine une reconnaissance immense, une forme d’hommage pudique à cette force maternelle surhumaine qui, dans les moments les plus sombres, devient un phare, voire un antidote à sa douleur.


La noblesse de la haute littérature

Ce qui me touche profondément chez Élodie, au-delà de son courage, c’est son talent. Un talent d’écriture authentique, vif, précis, capable de transformer la douleur en matière littéraire sans jamais tomber dans le pathos. Chroniqueuse auprès de Planète Vagabonde, elle est la fondatrice d'un célèbre blogue littéraire, La Vie Ardente, une référence parmi les écrivains francophones. Elle possède ce regard singulier sur la condition humaine, à la fois tendre et lucide, qui permet de dire des vérités difficiles avec une pointe d’humour. Même au cœur de l’hôpital, même au milieu de la souffrance, elle ose écrire cette phrase aussi drôle que tragique: «Le réfectoire, c’est l’enfer avec des plateaux.»


Derrière ma bien-aimée cousine, la jeune femme belle et élégante, derrière la blogueuse littéraire boulimique de romans, la pédagogue passionnée par les mots, il y a une enfant blessée, une sensibilité exacerbée, une âme qui cherche sa place dans un monde parfois trop rude pour les êtres délicats. Mais il y a aussi, et surtout, une volonté tenace de rester debout.


Je mesure, en lisant son livre, le chemin parcouru. Le courage qu’il a fallu pour affronter ses propres démons, pour accepter l’aide des autres, pour traverser les regards, les jugements, les incompréhensions, la solitude glaciale. Le courage qu’il faut encore, chaque jour, pour se lever, pour respirer, pour espérer. Car la vraie bravoure n’est pas spectaculaire. Elle ne fait pas de bruit. Elle se manifeste dans ces gestes minuscules, ouvrir une fenêtre, répondre à un message, sortir de chez soi, qui, mis bout à bout, deviennent une lente reconquête de la vie.


Le livre qui répare Élodie appartient à cette génération de femmes qui osent dire la vérité. Qui refusent de cacher leurs blessures derrière des sourires de façade. Qui acceptent de montrer leurs failles pour aider les autres à reconnaître les leurs. En cela, son livre dépasse largement l’histoire personnelle. Il devient un témoignage universel, un miroir pour tous ceux qui vacillent en silence et se cachent derrière des stores baissés ou des volets clos, pour les plus chics...


En refermant cet épisode de sa vie, je n’ai pas seulement lu le livre d’une écrivaine brillante. J’ai rencontré une jeune femme vaillante. Une femme qui a traversé les ténèbres et qui, malgré les tempêtes, continue d’avancer avec dignité, tendresse et lucidité. Elle titube encore, mais plus du même poison. Elle tangue du vertige à réapprendre une vie ordinaire.


Et je ressens une immense fierté. La fierté de voir ma cousine transformer ses blessures en onguent cicatrisant, ses épreuves en écriture, ses maux en mots, sa fragilité en force. La fierté de la voir choisir la vie, jour après jour, même lorsque le chemin est incertain et que chaque jour gratte comme un pull qui pique.


Car au fond, c’est peut-être cela que nous enseigne le livre d'Elodie Perrelet: on peut tomber, perdre l’équilibre, se perdre soi-même, mais tant qu’il reste une étincelle de rire, une envie de se lever le matin, une volonté de revenir, une mère qui vous aime,

alors rien n’est définitivement perdu.

4 commentaires

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Invité
il y a 9 heures

un livre écrit avec l'IA, fut il sincère, reste une arnaque

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Invité
il y a 10 heures

Quel magnifique louange ! quand un tel talent d'écriture en loue un autre de cette manière, je n'ai qu'une seule envie, aller lire ce livre !

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Daniela
il y a un jour

Merci Elodie pour ton courage et la force de rebondir des expériences si atroces.

C'est ça la vrai vie et tu en donnes un grand exemple.

Tu es une vraie guerrière

Modifié
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En réponse à

Merci chère Daniela, je transmets...🙏

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