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Le chant des oiseaux, ou l’audace d’aimer le monde

J’ai récemment posé mes valises à l’orée d’un bois, au bord du lac Léman. Depuis, je me lève chaque matin dans un festival de joie et de gazouillements inouïs. À l’aube, avant même que le jour ne s’affirme, une symphonie universelle s’élève, à la fois douce et puissante, offerte, dans la mélodie vivifiante de ces messagers du ciel. C’est un concert sans chef d’orchestre, une liturgie sans temple, une prière sans dogme.


Et pourtant, tout y est: l’ordre, la grâce, la promesse. Dès que j’ouvre les yeux, dans cette nuit qui s’estompe doucement, je guette dans un silence religieux le premier chant, souvent le rouge-gorge familier, appelé «le guetteur de l’aube». Il se lance environ 30 minutes avant le lever du soleil. Il donne le «la» et puis le reste de l’orchestre suit.

J’ai beaucoup voyagé, sous les tropiques, dans les forêts profondes et les jungles bruissantes. J’ai écouté les cris flamboyants des oiseaux d’Amazonie et les appels mystérieux des savanes africaines. Mais rien ne me touche autant que ces prières ailées de nos espèces continentales. Elles ont la sobriété des paysages d’ici, la pudeur et la magie des saisons, la sagesse des terres qui ont des histoires à raconter.

Il y a quelques jours encore, lors d’une sortie en groupe avec Christophe Perret-Gentil, ce ne sont pas moins de trente-trois espèces qui sont venues enchanter nos cœurs. Trente-trois voix pour rappeler que la vie ne cesse jamais de se raconter.

Parmi elles, la mésange charbonnière tient une place particulière. Petite, vive, infatigable, elle me murmure chaque matin une vérité simple et vertigineuse: relier la Terre au Ciel, la matière à l’esprit, le haut et le bas. Elle me rappelle que la beauté se niche partout, jusque dans les contrastes les plus saisissants de l’existence, entre l’ombre et la lumière, entre le doute et la foi.

Certains chercheurs, d’ailleurs, comme Christophe Perret-Gentil, ont tenté de décrypter ces langages ailés. Ils observent comment la mésange module ses notes pour signaler un danger, comment le merle adapte son chant à la densité du paysage, comment l’alouette élève sa voix comme une spirale vers le ciel. D’autres, plus poètes que scientifiques, y entendent des messages symboliques: le rouge-gorge annoncerait la persévérance, la grive la fidélité aux cycles, et le rossignol la capacité de transformer la nuit en espérance. Qu’importe que ces traductions soient exactes ou non. Elles disent surtout notre besoin profond de reconnaître, dans la nature, un miroir de notre propre âme. S’offrir un bain quotidien dans ce concert de petites vibrations thérapeutiques nous protège de tout, même de la bêtise ou de la folie.

Ecouter les oiseaux, c'est apprendre à aimer, accordé avec le LA universel. Pour moi, aimer, c’est accepter, avec ou sans notre adhésion: l’Iran avec ses faiblesses, les faux prophètes avec leurs illusions, les dirigeants américains et israéliens avec leur arrogance meurtrière, les leaders européens sans cervelle ou les idéologues populistes naïfs. Mais les filtres de ma naissance sont ainsi faits: je vois l’amour à l’œuvre dans tous les contrastes de l’existence, qu’ils nous plaisent ou non. Chacun a le droit de jouer son instrument, même avec ses fausses notes, puisque pour moi, quand cela sonne faux, c'est Dieu qui s'amuse à jouer comme un pied.

L’une des sources de ma joie est d’exercer mon libre arbitre en choisissant le pardon, en accueillant chaque épreuve, événement ou actualité comme un laboratoire inespéré où forger, transmuter et bonifier mon cœur dans le creuset du vivant. Comme je l'avais écris dans mon livre La route de la joie, "pardonner, ce n'est pas cautionner. C'est retirer tout pouvoir à l'autre de nous faire encore du mal ".


Les oiseaux du matin me rappellent ce tempo intérieur, cette cadence juste qu’il ne faut jamais abandonner, même sous les ricanements, les jugements ou les intimidations.

Alors, chaque aube devient une promesse. Une invitation à rester fidèle à la musique du monde. Et à continuer, coûte que coûte, à chanter avec lui. C’est bien tout ce que je cherche à partager avec Planète Vagabonde: à la fois un cri et un baiser, une larme ou une caresse. Car au-delà des formes, j’entends le même souffle qui veille et qui relie.

Isabelle Alexandrine Bourgeois

3 commentaires

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Au fil de nos années

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Au creux de mon coeur

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Et Heureux d’être né


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Un bouquet magique

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NEMG  13 avril 2026

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En réponse à

Merveilleux, merci!

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Noémie
15 avr.
Noté 5 étoiles sur 5.

Ces mots merveilleux ont touché mon coeur, et ça fait un bien fou. MERCI

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