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Coup de gueule: le fascisme commence-t-il à l'épicerie?

Dernière mise à jour : il y a 26 minutes


Voici le récit d'une mésaventure cocasse. Pour être honnête, je traduis ici mes propos en français littéraire. La version originale relevait davantage du français de comptoir sous haute pression.


Hier après-midi, dans un petit supermarché de montagne à deux pas de mon chalet valaisan, j’ai vécu une scène qui résume à elle seule l’époque étrange dans laquelle nous vivons:

J’arrive à la caisse avec quelques courses et je lance joyeusement au caissier:

Attendez, je vais encore prendre cette petite "tête de nègre"...


À peine les mots sortis de ma bouche que le jeune homme, la trentaine appliquée et la vertu réglementaire, me reprend:

— Vous savez, on ne dit plus ça aujourd’hui. On dit "tête au choco". "Tête de nègre", c’est raciste.


Je lui réponds d'abord calmement que je n’ai aucune raison de modifier un vocabulaire associé à mes souvenirs d’enfance, aux goûters du mercredi et à une gourmandise parfaitement inoffensive. Qu’il n’y a dans ma parole ni mépris, ni haine, ni intention blessante. Et que d'un point de vue strictement étymologique, le mot "nègre" n'est pas raciste à l'origine. La "négritude" avait même été mise à l'honneur, chantée et valorisée par le grand poète Léopold Sédar Senghor et ancien président de la République du Sénégal.

Mais voilà que le jeune gardien de la pureté lexicale insiste:

— C’est interdit. On a évolué aujourd’hui, Madame. C'est tout.

Là, je commence à m'énerver: Évolué ou régressé? lui demandais-je. Alors, si j'ai fait quelque chose d'interdit, appelez la police! Je l’attends de pied ferme... Car enfin, depuis quand les caissiers sont-ils devenus les surveillants des pensées de leur clients? Depuis quand chacun se sent-il investi de la mission sacrée de corriger le vocabulaire de son voisin pour lui expliquer ce qu’il pense à sa place? Bienvenue dans le nouveau catéchisme des mots autorisés!

En d'autres termes, ne dites plus rien, ça pourrait offenser quelqu'un!


La moutarde au paprika que je venais d'acheter m'est montée au nez: Mais qui êtes-vous pour scanner mon intériorité et mon éthique personnelle? Comment savez-vous ce qui m’habite lorsque je prononce un mot? Comment osez-vous me réduire à quelques lettres articulées devant un tapis roulant? Comment pouvez-vous prétendre connaître l’intention qui accompagne mon verbe?


Les clients derrière moi, témoins de notre échange houleux, étaient dans leurs petits souliers. Flanquée d'une casquette abaissée sur mon nez, d'une veste en cuir brun et d'un jean de style "rappeur", j'étais prête à monter sur le ring, et tout le monde s'est planqué dans la queue. Parce que quand je me fâche, ça se voit et ça s'entend...


Je grondais comme un orage accroché aux sommets et continuais: je pourrais parfaitement commander une "tête au choco" avec le cœur rempli de haine, de mépris ou de racisme. Le vocabulaire politiquement correct n’a jamais transformé une pensée toxique en pensée vertueuse, que je sache! Si vous n'êtes pas capable de sentir ma bienveillance dans mon mot, c'est votre problème! Si vous ne savez pas faire énergétiquement la différence entre un mot "interdit" dit avec douceur, d'un mot "autorisé" dit avec une conscience sale, c'est de votre responsabilité! C'est ainsi que naisse les totalitarismes, jeune homme: par manque de discernement entre une énergie et une autre. Ce sont des jeunes comme vous qui avaient rejoint les rangs du National Socialisme ou du Komsomol, la jeunesse stalinienne. Ils discriminaient par idéologie, par la race, la religion, les préférences sexuelles et autres identifications physique, économiques et culturelles. Juger et condamner quelqu'un pour un mot dissident n'est pas différent des pratiques nazies ou communistes: vous maintenez le goulag des mots!


Pendant que je lui servais ma tirade, je me disais en même temps, qu'à l’inverse, on peut employer, comme moi, un terme hérité d’une autre époque avec affection, innocence ou nostalgie.

Le problème, ce n'est pas le mot! Le problème est l’intention! Et puis vous n'êtes pas payé pour sermonner vos clients, ajoutais-je, furieuse.


Ce à quoi il me répondit du tac au tac: —Moi, je ne suis pas payé pour entendre le mot "nègre".


Je suis repartie avec mes vingt-cinq rouleaux de papier de toilette en fulminant comme une fondue suisse oubliée sur le réchaud.

Peut-être que certains de mes lecteurs lui donneront raison et je suis prête à entendre leurs arguments pour revoir ma position.


Pour moi, c'est dingue de voir les jeunes se tromper souvent de combat. Ils confondent le thermomètre et la température. Ce n’est pas parce qu’on repeint les mots qu’on guérit les consciences.


L’histoire regorge pourtant d’exemples. Les plus grands manipulateurs ont souvent parlé avec les mots les plus élégants. Les escrocs, les pervers narcissiques et les idéologues savent parfaitement utiliser le langage de la vertu, de l’inclusion, du respect ou de la bienveillance pour masquer leurs véritables intentions.


Le politiquement correct est parfois devenu le plus beau camouflage de l’hypocrisie moderne. On nettoie les mots comme on parfume une poubelle. Pendant ce temps, les pensées restent les mêmes.


Je connais même un serveur africain qui m’avait répondu avec humour, lorsque je m'étais excusée de lui demander spontanément une "tête de nègre" :

—Ne vous excusez pas! Cela ne me pose aucun problème! Pourquoi voudrais-je m’identifier à une boule de chocolat remplie de blanc d’œuf?

La remarque m’avait fait éclater de rire tant elle remettait les choses à leur juste place. Et j'ai eu envie de serrer cet homme dans mes bras.


Car la réalité est là: les individus ne sont pas des mots. Ils sont infiniment plus vastes que les étiquettes qu’on leur colle.


Aujourd’hui, nous vivons dans une époque paradoxale où chacun prétend défendre la liberté tout en imposant son vocabulaire teinté d'idéologie aux autres. C'est d'ailleurs en cela qu'ils tentent d'imposer leur vision du monde au reste de la population. Une époque où l’on croit combattre le racisme ou l'antisémitisme en changeant le nom des places, des rues ou des pâtisseries, alors que le véritable combat devrait se mener dans le cœur, dans l’éducation, dans la qualité de nos pensées et dans notre capacité à rencontrer l’autre comme un être humain, avec équanimité.


Non, le racisme ne disparaît pas lorsqu’on rebaptise une gourmandise. Il disparaît lorsqu’on cesse de penser que l'autre nous est inférieur.


Plus tard, en balade avec mon chien, j'ai regretté de ne pas lui avoir lancé sur le pas de la porte, un brin provoc': — à propos, vous savez pourquoi il n'y a rien de raciste à dire "têtes de nègre"? Parce qu'elles sont faites de "blanc battu" !

Non, mais franchement...

Isabelle Alexandrine Bourgeois

Journaliste et fondatrice de Planète Vagabonde Média


En 2020, après les manifestations antiracistes liées à la mort de George Floyd, Migros a retiré les produits Dubler de ses rayons en raison du nom jugé problématique de ses "têtes au choco". Contrairement aux prévisions, Robert Dubler a refusé de rebaptiser son produit et cette controverse n'a pas nui à ses ventes. Au contraire, la médiatisation a provoqué un afflux massif de clients solidaires et une hausse d'environ 10 % du chiffre d'affaires annuel. Ceci rappelle qu'une mauvaise publicité n'est pas forcément néfaste lorsqu'une entreprise assume clairement sa position et reste cohérente avec ses valeurs. Le cas Dubler illustre ainsi qu'une controverse peut parfois renforcer la fidélité de la clientèle et accroître la notoriété d'une marque. Source


 
 
 

10 commentaires

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Invité
il y a 5 heures
Noté 5 étoiles sur 5.

Chère Isabelle,

Vous avez parfaitement raison, c'est l'intention cachée derrière le "mot" qui sera source de maux, de douceur, etc.

Nous sommes hélas rentrés dans une société où la "spontanéité bienveillante" voire candide (au sens noble du terme) est montrée du doigt, trop souvent reléguée au rang de coupable, car trop lumineuse pour certains... ce n'est pas grave en réalité, car c'est ainsi que l'on distingue Celles et Ceux qui vibrent plus Haut, avec une belle énergie au nom du Vivant, la Joie, le Vrai, la Joie et les autres qui par leur incompréhension et les méconnaissance du Monde pensent voir le Mal partout et se croient légitimes de juger, sans se rendre compte qu'ils sont les acteurs principaux de…

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Invité
il y a 8 heures
Noté 4 étoiles sur 5.

❤️👍

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Invité
il y a 21 heures
Noté 5 étoiles sur 5.

Bravo Isabelle ; tout à fait d’accord avec Toi👍👏🏼🫶💚

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kma.sunier
il y a un jour
Noté 4 étoiles sur 5.

Dommage d'avoir raté la réplique du blanc battu !! Ceci mis à part, on voit l'importance de la parole, des mots, de la perception que chacun peut en avoir, source de conflit, ici quasi humoristique, mais si souvent entraînant des disputes, des mésententes, des ruptures hors de proportion avec l'événement. Ô comme le monde irait mieux si chacun était plus à l'écoute de l'autre que de rester figé dans son carcan d'idéologue !

Merci de nous avoir fait part de ce fait divers significatif.


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Invité
il y a un jour
Noté 5 étoiles sur 5.

MERCI ISABELLE, il n'a visiblement rien compris. Belle journée. Yves

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