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Neutralité suisse: autopsie d’un basculement

il y a 14 heures
3 min de lecture

Le 27 septembre dernier, plus de 70 % des Suisses ont refusé de graver dans le marbre une conception intouchable de la neutralité. Un vote massif, presque brutal, qui laisse derrière lui une question immense: que devient un petit pays lorsqu’il renonce peu à peu à ce qui faisait sa singularité et son aura internationale? Nicolas Dépraz, auteure et journaliste répond à mes questions dans un franc-parler qui fait du bien.


Je ne cache pas ma tristesse devant le résultat du 27 septembre. La neutralité faisait pour moi partie de ces quelques idées simples qui donnaient à la Suisse une stature infiniment plus grande que sa superficie. Mon père, Jean Bourgeois, ancien ambassadeur de Suisse, doit se retourner dans sa tombe, lui qui a été si loyal à son pays et à son principe de neutralité. Il m'en parlait souvent. J’ai moi-même vu, dans l’humanitaire, combien cette neutralité pouvait devenir concrète. Sur un terrain de guerre, elle n’est plus une abstraction juridique: elle devient un sauf-conduit, une confiance fragile, parfois même une protection. Elle permet de parler aujourd’hui à un commandant et demain à son adversaire sans être immédiatement désigné comme l’allié de l’un contre l’autre.


Mais le peuple a choisi. Reste désormais à savoir ce que nous voulons faire de cette liberté qu’il nous reste. Car la vraie question n’est peut-être déjà plus: comment sauver notre neutralité, mais comment rester libres dans un monde qui nous divise et nous demande sans cesse de choisir un camp?


Pour en parler, j'ai tendu mon micro à Nicolas Dépraz. Géographe, journaliste, spécialiste des politiques de développement et de géopolitique, il est l’auteur de Découplage et désenclavement – Géopolitique de la Suisse au XXIe siècle. À travers une douzaine d’entretiens et plusieurs années de recherche, il ne se contente pas d’interroger notre politique militaire. Il pose plus largement la question de notre autonomie, de notre indépendance et de notre souveraineté.


Car une nation n’est pas souveraine seulement parce qu’elle possède un drapeau et une Constitution. Elle l’est aussi lorsqu’elle peut se nourrir, produire son énergie, défendre son territoire, résister aux pressions économiques, conserver une pensée politique autonome et décider avec qui elle coopère, sans que ces décisions lui soient dictées de l’extérieur.


La Russie ne considère plus la Suisse comme un intermédiaire impartial et on peut la comprendre. Dans le même temps, notre coopération avec l’OTAN, toujours plus agressive, s’intensifie, tandis que le journaliste alémanique Rafael Lutz affirme documenter, dans son ouvrage Das NATO-Netzwerk in der Schweiz, l’existence d’un puissant courant atlantiste au sein de l’administration, de l’armée, des milieux académiques et médiatiques. Un ouvrage puissant et courageux, déjà discrètement écarté des rayons des librairies.


Faut-il parler d’infiltration? D’influence? De simple évolution idéologique de nos élites? Ou sommes-nous simplement entrés dans une époque où une partie de nos dirigeants considère désormais qu’un petit pays ne peut plus se permettre de marcher seul?


Dans notre entretien, nous parlons du 27 septembre, bien sûr, mais aussi de ce qui vient après. Quelles conséquences ce glissement peut-il avoir pour nos bons offices, pour notre crédibilité internationale, mais aussi très concrètement pour les jeunes Suisses qui entrent aujourd’hui dans l’armée? Les parents doivent-ils s'inquiéter pour leur fils?


Et si nous avons perdu une partie de notre indépendance stratégique, existe-t-il encore un chemin pour la reconstruire? Je vous laisse découvrir notre interview.



 
 
 

2 commentaires

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Invité
il y a 9 heures
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Merci Isabelle, d'avoir appelé ce défenseur ferme de nos spécificités helvétiques. Non seulement sur l'organisation politique, mais aussi défenseur de notre patrimoine, physique et historique, de nos gênes en quelque sorte.

J'ai aussi été atterré lorsque j'ai vu le résultat de la votation sur la neutralité. Dans sa conférence de presse qui a suivi ce résultat, notre Conseiller fédéral Ignacio Cassis a déclaré (je n'ai pas les mots exacts, mais en substance) : la neutralité de la Suisse était, est et restera. Ouf ! Mais menée, traitée comme elle l'est, elle n'a plus aucune substance. Elle n'est qu' un vain mot (potentiel de vrais maux).

J'invite tous les citoyens qui défendent encore l'idée de "la Suisse" à lire, à défaut…

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joel.sutter
il y a 11 heures

Bonjour Isabelle,

Je ne pense pas que nous ayons perdu quoi que ce soit le 27 septembre: la population a voté pour le STATUS-QUO.


Et elle a certainement compris ce qui était caché derrière cette initiative: Blocher voulait aussi que le commerce (des armes) ne soit plus contrôlé comme maintenant. Si l’initiative avait passé, l’industrie de l’armement aurait eu les mains libres pour commercer, comme pendant le 2e guerre mondiale, où l’industrie suisse, particulièrement Oerlikon-Buhrle, avait vendu des armes des 2 cotés.

Quelle belle neutralité, merci bien!


Mais, par contre, je partage ton inquiétude quand au rapprochement caché de la Suisse avec l’OTAN, grâce à «nos» militaires qui sont encore et toujours obnubilés par les États-Unis.


À bientôt!

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