Pour bien entendre les mots, il y faut un certain sens de la merveille.
En introduction à cette interview, Planète Vagabonde a demandé à Cécile Moiroud, conférencière et enseignante de droit à la Sorbonne, d'offrir sa plume à nos lecteurs. Qu'elle soit donc infiniment remerciée pour ce petit texte de présentation écrit de sa main.
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Qu’y a-t-il de plus commun que le mot? Ce mot que l’on chérit, que l’on dorlote, mais aussi que l’on use, mésuse voire maltraite. Il y a le verbiage, le détournement de la langue pour assassiner avec des mots mais aussi les poèmes éclatants.
Considéré souvent comme simple élément de communication, le mot cache des richesses insoupçonnées qui nous séduisent. Il n’y aurait pas de discours sans l’amour de la parole. Il n’y aurait pas de commerce humain sans celle que nos ancêtres philosophes grecs appelaient le logos. Aristote n’a-t-il pas reconnu que l’homme est un animal politique car doué de parole? Il faut entendre politique au sens de celui qui habite la cité (la polis).
En dépit de l’évolution inéluctables des mots avec le temps et les mœurs, l’origine du mot ne disparaît pas ; elle reste bien présente, recouverte par des sens dérivés complémentaires que vient révéler l’analyse étymologique qui n’est pas une simple recherche historique mais une approche du sens authentique c’est-à-dire du sens vrai du mot, du sens originel.
Une langue est un trésor, une construction, l’outil des vivants et le témoignage des morts. Le mot est là pour traduire la complexité et les vibrations du monde pour le poète comme la couleur pour le peintre.
Le peintre de génie, Cézanne, montre que couleur et pensée sont indissociables. Il avait prévenu: «Je vous dois la vérité en peinture. Je vous la dirai». Pierre Legendre découvre que le mot et la pensée sont également inséparables car la parole est interlocution de l’homme avec lui-même et avec le monde. «Qu’est-ce qui fait l’humanité de l’homme, qui le détache de l’animalité, du tout biologique?» (L’animal humain et les suites de sa blessure). La parole. Elle est l’élément anthropologique qui permet de saisir la spécificité de l’animal humain soumis à la contrainte de construire le rapport à soi et au monde par les moyens du discours.
Contemplons la nature, émerveillons-nous devant les chefs d’œuvre de la peinture, écoutons à notre tour de grands poètes, Virgile, Victor Hugo, Lamartine, Michaux…
«En un mot», réapproprions-nous les sources poétiques de la pensée!
Cécile Moiroud
04 novembre 2026
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