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G7 à Genève: quand le maintien de l'ordre «fait désordre»

La chronique de François Meylan, ancien policier, militaire et membre du renseignement suisse Après la grande manifestation No G7 du 14 juin, qui a rassemblé entre 20'000 et 30'000 personnes dans les rues de Genève, le débat porte sur les réponses sécuritaires de la police. Le recours controversé à la «nasse», une pratique largement utilisée en France, la présence de véhicules blindés de la police allemande ainsi que l'impression d'un dispositif inspiré de doctrines sécuritaires étrangères questionnent. Ancien policier, François Meylan livre ici le regard d'un homme de terrain qui s'interroge sur l'évolution du maintien de l'ordre à Genève qu'il juge en rupture avec la tradition de proximité et de dialogue qui a longtemps caractérisé la cité de Calvin.

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Le dispositif policier déployé lors de la manifestation No G7 fait couler beaucoup d'encre, et à juste titre. Les erreurs de casting ont été nombreuses et l'on est en droit de s'inquiéter.


À l'heure où le recours à la «nasse» fait l'objet de vives critiques et où la conseillère d'État genevoise chargée de la sécurité, Carole-Anne Kast, estime que «tout va bien, madame la marquise», force est de constater que le dispositif policier déployé le dimanche 14 juin dernier a offert une image déplorable de la Genève internationale et humaniste à laquelle nous sommes attachés.


Photo: François Meylan
Photo: François Meylan

L'événement se voulait festif au départ. On y retrouvait des collectifs dénonçant le génocide à Gaza, des mouvements féministes – journée internationale du 14 juin oblige –, ainsi que d'autres courants altermondialistes et antifascistes.


Cette manifestation autorisée avait pourtant été préparée en étroite collaboration entre les organisateurs et les autorités. Le parcours, le service d'ordre et le déroulement avaient été soigneusement coordonnés. Le cortège devait partir de la Perle du Lac à 14 heures, rejoindre la place des Nations, puis revenir à son point de départ aux alentours de 22 heures.


Comme ancien policier – seize années passées dans les forces de police vaudoises –, militaire, commandant à l'armée, formé au service d'ordre, je ne peux cacher mon malaise face à cette dérive autoritaire. J'étais présent sur place en tant qu'observateur. J'avais également été affecté au service d'ordre


Le G7 que l'on a imposé à la population genevoise rassemble notamment les États-Unis, l'Allemagne, la France et le Royaume-Uni, soit plusieurs des principaux marchands d'armes de la planète, aux côtés de la Chine et de la Fédération de Russie, absentes d'Évian puisqu'elles n'y étaient pas invitées. Les revendications des manifestants étaient, à mes yeux, plus que légitimes. J'ai même été agréablement surpris par la discipline et la bienveillance de la très grande majorité d'entre eux. Il y aurait pourtant de quoi taper bien plus fort sur la table face à un G7 qui, tout en alimentant l'industrie de l'armement avec nos impôts, ne fait pas tout ce qui est en son pouvoir pour mettre un terme aux conflits et aux génocides qui souillent notre humanité.


Photo: François Meylan
Photo: François Meylan

Certes, la seconde partie du défilé fut perturbée par les habituels et regrettables Black Blocs – au nombre de 500 à 600 selon la police –, mais le déploiement policier tel qu'il a été pensé appelait davantage à la confrontation qu'à l'apaisement. C'est précisément sur ce point qu'il est légitime de s'interroger sur l'avenir du maintien de l'ordre dans la cité de Calvin.


La nasse, une pratique importée

En fin de manifestation, la police a encerclé plusieurs centaines de personnes dans le secteur de la Perle du Lac et du parc Mont-Repos. Des manifestants, des journalistes, des passants et d'autres personnes n'ayant commis aucune infraction se sont retrouvés retenus durant plusieurs heures, sans possibilité de quitter les lieux, ni de s'alimenter, ni même d'accéder à des toilettes. Les organisateurs ont dénoncé une punition collective et annoncé des plaintes. De son côté, la police a justifié cette mesure par la nécessité d'identifier les auteurs présumés des violences.


Mais il n'y a pas que cette «nasse policière» qui m'interpelle. Il y a aussi cette démonstration permanente de force avec les multiples motards du maintien de l'ordre (MMO), pétaradant en permanence, entièrement vêtus de noir, casque intégral sur la tête, patrouillant par groupes de cinq motocyclistes, chacun accompagné d'un passager. Une mise en scène qui n'est pas sans rappeler certaines démonstrations de force observées ailleurs en Europe ou en Amérique latine.


Bloquer le pont du Mont-Blanc avec des véhicules blindés de la Polizei allemande relève tout autant de la faute de goût que du déficit culturel. D'autant plus lorsque l'on connaît la remilitarisation engagée par l'Allemagne et le durcissement de son appareil sécuritaire.


Sur le plan de la doctrine policière, il fut pourtant un temps où l'on procédait autrement. Les Black Blocs étaient infiltrés bien avant le début des violences. Des policiers en civil les identifiaient, les interpellaient et les exfiltraient avant même qu'ils aient eu le temps d'enfiler cagoules et passe-montagnes. On parlait alors de renseignement, de prévention, de police de proximité, d'îlotiers, d'une connaissance approfondie du terrain, des protagonistes et du pacte tacite qui unissait la société civile à sa police. Cette approche permettait de préserver la sérénité de l'ensemble de la manifestation.


La provocation de la police genevoise Ce que nous avons vu à Genève est tout autre. Nous avons assisté à une mondialisation de la force et du pouvoir, à une logique d'escalade et de confrontation. Les blindés de la Polizei allemande n'avaient rien à faire sur le pont du Mont-Blanc, pas davantage que ces démonstrations permanentes des MMO. Tout cela relève davantage de l'intimidation que du maintien de l'ordre. C'est de la pure provocation. Et cela constituera demain un appel d'air pour des casseurs venant bien au-delà du seul canton de Genève.


Le manifestant qui souhaite en découdre saura rarement se contenir de la même manière lorsqu'il fait face à un gendarme du coin, qui peut être son voisin, un familier ou le père d'un camarade de son fils, que lorsqu'il se retrouve devant des blindés anonymes. Face à une telle démonstration de puissance, certains pourraient être tentés de monter d'un cran. C'est précisément cette dynamique de l'escalade qu'il faut rompre dès le départ.


Photo: François Meylan
Photo: François Meylan

Tant le concept des MMO que la punition collective qu'impose la «nasse» ne sont pas de chez nous. Cela a tristement été importé. Ce ne sont pas nos coutumes. C'est totalement contreproductif à la symbiose que nous avons la chance de vivre en Suisse romande entre notre police et la population.


Il est urgent que les autorités genevoises se ressaisissent. Qu'elles travaillent à la désescalade. Que la conseillère d'État Carole-Anne Kast, qui a donné l'impression d'être à côté de la plaque lors de ses apparitions télévisées, reprenne pleinement le leadership.


Face à une telle inflation de démonstrations de force, à quoi doit-on s'attendre la prochaine fois? Que les chars de l'armée entrent dans la cité de Calvin?


Développer un partenariat de proximité La police genevoise a toujours su maîtriser la notion d'îlotier, la proximité et le dialogue. Développer un partenariat avec les différents acteurs de la société civile. Travailler en amont grâce au renseignement et agir de manière préventive. Assurer une présence discrète, rassurante et efficace. C'est cela, la Genève humaniste que nous connaissons, et non une rive droite transformée en zone d'insurrection sous couvre-feu.


Le dispositif policier observé ce dimanche en dit finalement davantage sur les névroses d'une société gangrenée par le dualisme et la division que sur les manifestants eux-mêmes. Quant aux tristement célèbres Black Blocs, sommes-nous certains qu'ils servent réellement la cause de la gauche, des altermondialistes ou, plus largement, de la société civile? Je ne le crois pas. S'ils ne sont pas directement au service du fascisme, ils lui préparent le terrain. Mais cela est un autre débat.

François Meylan


2 commentaires

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kma.sunier
il y a 3 jours

Habitant de l'autre bout du lac, je n'ai pas eu l'occasion ni le désir de fouler les pieds de ma ville d'enfance dans cette période. J'en suis bien aise, à lire votre article.

Je vous félicite pour votre brillante présentation de cet événement et votre appel à la mesure, car lorsqu'on voit cette préparation sécuritaire, on peut se demander de quel côté sont les casseurs.

Merci donc pour avoir diffusé votre point de vue humain, et surtout dénonciateur des dérives qui se généralisent.

Que l'humanité se réveille vers l'entraide et le respect mutuel.

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joel.sutter
il y a 4 jours
Noté 5 étoiles sur 5.

Bonjour!

Il m’est venu une idée, un peu saugrenue, en ce qui concerne les Black Blocks: comme ils se comportent en sauvages, pourquoi pas faire comme pour capturer un animal sauvage, en utilisant des fusils hypodermiques? Ainsi, le Black Block atteint ne pourrait pas retirer ses habits noirs et sa cagoule. Il sera facile de le capturer…

Idée saugrenue? Est-ce possible légalement? Qu’en pense François Meylan?

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