5 ans après le Covid, que sont devenus les "résistants" de Zermatt?
- Isabelle Alexandrine Bourgeois

- il y a 1 jour
- 3 min de lecture
À Zermatt, au pied du Cervin, derrière les façades du luxe et des pubs bondés d'après-skieurs éméchés, on peut sentir battre quelque chose de plus rare: une fidélité silencieuse à la dignité humaine. Le Walliserkanne, tenu par la famille Aufdenblatten depuis des générations, est devenu en 2021 bien plus qu’un restaurant. Il est devenu un symbole. Celui d’une famille qui, au cœur de la tempête sanitaire, a refusé de renoncer à ce qu’elle estimait essentiel: le lien social, la liberté de travailler, la souveraineté, le respect de la vie privée. De passage dans le village valaisan, j'ai rencontré cette chaleureuse famille où se transmet la liberté en héritage.

Dans cette vidéo, Andreas, Nelly et Patrick ne jouent pas les héros. Ils racontent simplement ce que cela coûte de rester debout quand tout pousse à plier. Les contrôles, les amendes, les procédures, les frais de justice, les regards qui se détournent, la violence des autorités et des interventions policières, le soutien discret de certains, le silence pesant d’autres. Et surtout cette question qui traverse tout le récit: jusqu’où peut-on aller pour rester fidèle à soi-même?
La famille Aufdenblatten parle ici d’une Suisse intime, bien loin des slogans. Une Suisse faite de visages, de doutes, de courage tranquille, de traditions et de responsabilité individuelle. Leur histoire ne concerne pas seulement le Covid. Elle touche à quelque chose de plus profond: la frontière fragile entre la loi et la légitimité, entre l’obéissance et la conscience.
Regarder cette interview, c’est entrer dans la cuisine d’une famille, mais aussi dans l’arrière-cuisine de notre démocratie. C’est se demander, en filigrane, ce que nous aurions fait à leur place. Et c’est peut-être, aussi, une invitation à soutenir ceux qui ont accepté de payer le prix de leur liberté pour que le mot “souveraineté” ne reste pas un simple concept, mais une réalité vécue.
Zermatt et Crans-Montana: deux poids, deux mesures Il y a dans cette affaire un contraste qui heurte le sens commun. D’un côté, le drame de Crans, où quarante-quatre personnes ont perdu la vie dans un incendie aux causes multiples, enchevêtrées entre décisions, négligences, responsabilités diluées — un dossier complexe, encore englué dans les méandres administratifs, où personne n’a véritablement payé de sa liberté. De l’autre, un petit restaurant de village, sans victimes, sans danger sanitaire démontré, dont les gérants ont pourtant connu la prison pour avoir désobéi à des ordonnances. Et des frais de justice qui se chiffrent à 500'000 CHF!
Ce parallèle cruel et injuste, relevé par plusieurs commentateurs dans la presse, dit quelque chose de troublant sur notre époque: la sévérité de l’État ne s’abat pas toujours là où le dommage est le plus grave, mais là où l’obéissance peut être imposée sans résistance. La famille Aufdenblatten n’a blessé personne, n’a mis aucun voisins en péril — elle a seulement refusé de renoncer à sa souveraineté. Et c’est peut-être cela, au fond, qui dérange le plus...
Si vous pensez que le bon sens, la liberté et la souveraineté individuelle ne sont pas négociables, alors la famille Aufdenblatten mérite plus que notre admiration: elle mérite notre soutien concret. Derrière les principes qu’ils ont défendus, il y a des êtres humains qui ont payé le prix fort pour rester alignés avec leur conscience. Les aider aujourd’hui à faire face aux frais de justice, c’est aussi défendre, à travers eux, une certaine idée de la Suisse et de la dignité humaine.




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