Affaire Epstein et consorts: l’ardente nécessité de nommer le Mal
- Marion Saint Michel

- 25 févr.
- 6 min de lecture
Dernière mise à jour : 26 févr.
Ligne de faille est une chronique exclusive de Marion St Michel, psychologue clinicienne, analyste politique et auteure de «Gouvernance perverse: la décoder, s’en libérer» ¹ aux Editions Marco Pietteur.
L’affaire Epstein a fait le buzz ces quelques dernières semaines sans pour autant que les commentateurs en tirent les enseignements essentiels. Pour les médias de grand chemin, il s’agit à la fois de traiter des révélations désormais incontournables, tout en détournant l’attention de la partie la plus immonde, la traite pédo-criminelle des enfants, vers ce à quoi les populations sont déjà bien habituées, à savoir la corruption et les manœuvres mafieuses d’une très grande partie de nos soi-disant élites (gouvernants, mais aussi banquiers, hommes d’affaire, journalistes, artistes, et autres VIPs). Il s’agit surtout de ne pas nommer le mal pour ce qu’il est, afin d’habituer progressivement les masses au plus odieux, et d’étendre avec une perversion subtile, la fameuse «fenêtre d’Overton»*.

La révélation du Mal, premier temps de l’Apocalypse
Nous vivons un temps apocalyptique, c’est-à-dire de révélation. Ce qui me paraît fondamental dans cette révélation publique, c’est qu’elle va bien au-delà des thèses «complotistes» les plus avancées, et surtout, qu’elle traverse le mur de verre jusqu’ici infranchissable qui séparait les «initiés» du grand public. Pour autant, vivrons-nous une prise de conscience globale par les populations de la perversité de nos gouvernants et du monde monstrueux qu’ils ont construits à l’abri du regard des honnêtes gens? Probablement pas, et il nous est donc demandé patience et longueur de temps, mais aussi je le crois, une participation active, à nommer le mal pour ce qu’il est, et tel qu’il est vécu et perpétré par les êtres dévoyés qui tentent de nous asservir.
Revenons un instant aux sources philosophiques et spirituelles du Mal, et laissons-nous enseigner. Chez Platon, le mal est présenté comme une division intérieure, une fracture de l’unité intérieure de l’homme, opérée par le diable, dont l’étymologie est d’ailleurs «celui qui divise».
Chez Saint Augustin, figure fondamentale du christianisme, le mal est la privation du bien par le mauvais usage que l’homme fait de sa liberté; le mal est en quelque sorte une perversion de la liberté humaine. Pour cette raison, St Augustin oppose dans son œuvre la Cité de Dieu, dont l’ordre est orienté vers le bien supérieur, à la Cité terrestre, fondée sur l’amour de soi contre l’ordre divin.
Plus près de nous chez Kant, le mal radical agit par inversion de l’ordre moral: l’idéologie remplace la vérité, le parti (ou la doxa aujourd’hui) remplace la conscience, le chef se substitue à la loi.
En France et à l’époque moderne, Albert Camus dans «l’Homme révolté», parle explicitement de la révolte luciférienne comme modèle d’un grand nombre d’idéologies. L’écrivain analyse la manière dont la révolte, légitime à l’origine, peut se transformer en idéologie totalitaire. Pour Camus, la tentation luciférienne, c’est refuser l’ordre du monde au nom de la justice, puis vouloir le reconstruire entièrement par la force.
Pour autant, la figure du Diable, et plus encore celle de Satan, qui est son équivalent biblique, a été effacée de la modernité par le relativisme, lui-même issu du matérialisme. Même le Catéchisme de l’Église Catholique ne le mentionne plus: pas une seule trace du diable, de Satan ou même des démons dans son glossaire. L’ordre post-révolutionnaire a tué le mot, mais a-t-il éloigné la chose?
Pour tenter de répondre à cette question, je suis allée à la recherche non pas des «valeurs» de Satan (il revendique plutôt des contre-valeurs), mais des caractéristiques qui fondent sa marque. Et voici ce que j’ai trouvé, à partir des auteurs ci-dessus:
- La volonté d’être le seul centre de tout,
- Le refus d’un ordre supérieur, surtout divin,
- L’orgueil radical,
- Le désir de se substituer à l’ordre du bien par une inversion radicale.

Ces éléments m’ont rappelé les traits caractéristiques de la perversion telle que je l’ai décrite dans mon livre récent , notamment dans l’inversion radicale de toutes les valeurs humaines issues de l’ordre naturel et de l’anthropologie chrétienne: le caractère sacré de la Vie (versus la mort comme réponse à toutes les difficultés de l’existence: Rivotril pour les personnes âgées dans les Ephad français, abatages des troupeaux bovins suite à la DNC, et bien sûr loi qualifiée «d’aide à mourir» par un euphémisme pervers qui évite les termes d’euthanasie et de suicide assisté, le respect de l’innocence de l’enfance (versus les programmes Evars d’effraction psychique par la sexualisation de l’enfance), la différenciation des sexes (versus le wokisme), le rejet de l’inceste et le respect de la différence des générations, etc….
Politiquement, le totalitarisme est le modèle politique qui correspond le mieux à cette subversion radicale. Il porte en effet les projets suivants:
- Refaire un homme nouveau, à partir du postulat que l’homme peut s’auto-engendrer (l’aryen chez les nazis, l’homme transhumain chez nos actuels gouvernants),
- Reconstruire le réel. Postulat: la société peut être entièrement fabriquée ou refabriquée sur de nouvelles bases, sans rapports aucuns avec la nature ou les lois naturelles,
- Modifier la nature humaine considérée comme malléable à l’infini (wokisme, transgenrisme, chimérisation homme-animal, union de l’homme et de la machine, clonage).
Si ces gens se sont évertués à ruiner le christianisme et son message depuis deux siècles, ce n’est donc pas pour rien. Nous sommes bien, à travers les horreurs certes anciennes, et qui réémergent aujourd’hui, devant un affrontement entre l’ombre et la lumière, entre le mal absolu et le bien relativisé. Cela s’appelle un combat spirituel.
Or vous connaissez l’adage: la plus grande ruse du Diable, c’est de faire croire qu’il n’existe pas. Même l’Église de Vatican II est complice de cela: le diable serait une métaphore du mal en nous, de ce qui nous divise ou nous perturbe. Personne ne croit plus au «Malin», et d’ailleurs la dernière phrase de la prière que Jésus nous a donnée (le Notre Père) a été traduite de «Et délivre-nous du Malin», en «Et délivre-nous du mal», ce qui n’est pas exactement la même chose ….
Que nous croyions au Diable ou pas (en ce qui me concerne si, et je vous dirai pourquoi), il est certain en revanche que toute une frange de la plus haute société (haute sur l’échelle sociale et non spirituelle…) y croit assez pour chercher à passer des pactes avec ses représentants, à lui vouer des cultes pendant lesquels des enfants sont torturés, violés et sacrifiés, afin d’obtenir le succès, le pouvoir ou l’argent.
Ce que je pense à ce propos parce que telle est mon expérience, c’est que de même qu’il existe des forces d’amour qui se manifestent et agissent sous l’influence de la prière , leur pendant en négatif existe aussi, sauf qu’eux ne demandent pas la prière, le jeûne, l’aumône et la pratique des vertus, mais la destruction, le viol, le sacrifice humain d’êtres aussi innocents que possible… Que 2000 ans après le sacrifice rédempteur de Jésus, qui était censé rendre tout sacrifice humain inutile et remplacé par le sacrifice symbolique de l’Eucharistie (voir à ce sujet le travail de René Girard dans «La violence et le Sacré» mais aussi «Je vois Satan tomber comme l’éclair») , de telles régressions soient possibles nous laisse sans voix. Mais aussi grave que leur existence même, serait de ne pas les nommer pour ce qu’elles sont: des atteintes intolérables à la dimension sacrée de l’être humain, une prédation sans limites sur les êtres les plus innocents (enfants et nourrissons) ou les plus fragiles (personnes handicapées, malades, pauvres, etc…).

La question devient alors: qu’allons-nous faire de cela?
Une première proposition m’est venue par l’entremise d’un prêtre qui témoignait récemment de l’afflux des conversions et des demandes de baptême pour Pâques en ces mots: «beaucoup de convertis me disent qu’ils ne croyaient pas en Dieu jusque-là, mais qu’en reconnaissant le diable, ils se sont mis à prier qu’il y ait un Dieu et qu’il les protège… Certains l’ont alors rencontré.» Une première évidence qui ressort de ces révélations: le mal révèle le bien. Peut-être même le réveille-t-il parfois.
Une seconde proposition que je partage avec vous, et qui est de fait une intime conviction de beaucoup de chrétiens: il est probable que les énergies christiques soient derrière ces révélations, quand bien même elles seraient au départ l’œuvre de ceux qui souhaitent nous soumettre à une légalisation progressive de la pédocriminalité , et banaliser aux yeux du public l’ensemble de leurs abominations. Les signes sont donnés pour que les populations s’éveillent, même lentement, à la réalité, et rechoisissent librement d’aller vers l’amour de Dieu et les lois qu’il nous a données pour notre protection et par amour pour l’humanité. Dieu ne franchit jamais le seuil de notre libre arbitre; c’est une chose que tout converti connaît. Il nous laisse libre de choisir l’ombre ou la lumière, la première étant souvent un moyen de retrouver la seconde. Dieu n’intervient pas dans nos affaires. Mais il nous attend avec amour, comme nous attendent tous ces êtres qui souffrent indûment de notre indifférence ou de notre manque de foi. Notes:
*Elle exprime le cadre invisible qui définit ce qu’une société considère comme pensable — et qui peut, avec le temps, se déplacer. [1] « Gouvernance perverse : la décoder, s’en libérer » Editions Marco Pietteur-Résurgence, mars 2025. [2] L’ancienne liturgie latine, avant 1966, utilisait le plus souvent « Délivre nous du Malin », sachant que le mot grec « ponērou » peut être traduit soit par « mal » soit par « le Malin » (personnification du mal).
[3] « Demandez, et l’on vous donnera, cherchez, et vous trouverez, frappez, et l’on vous ouvrira » Mathieu 7 :7.
[4] René Girard, « La violence et le Sacré », éditions Fayard 2011, « Je vois Satan tomber comme l’éclair », éditions Le livre de Poche, 2001.
[5] Qui serait alors nommée « pédophilie » à nouveau…




Erratum : dans mon message précédent : il s'agit de Thomas d'Ansembourg et non de Phillipe Guillemant qui disait récemment que nous étions "programmés" dans Comment se libérer des prisons intérieures - Dialogues par Fabrice Midal et Thomas d'Ansembourg (à partir de 3'45)
Tout cela est vrai,
mais c'est bien là le problème : tant que nous serons à la recherche de la vérité, c'est que nous doutons, et si nous doutons, c'est parce que nous avons oublié, nous ne savons pas qui nous sommes, chacun individuellement, à l'origine : des êtres de lumière venus s'incarner dans une expérience humaine, coupés de la lumière, du réel, des lois du vivant, de la vie, pour expériementer dans la matière le mystère de la vie. L'ignorance de notre "programmation terrestre" nous amène alors à croire, à nous mettre sous la protection d'un Sauveur, d'un Dieu, celui-ci prenant des allures différentes selon les âges et les cultures, pas seulement sur un plan religieux, Cela est vrai…
Bon jour,
La lecture du point de vue exposé nourrit positivement ma réflexion sur l'attitude intérieure à mettre en place pour ne pas se laisser submerger par le négatif des révélations actuelles : MERCI !
Cordialement, Blandine