top of page

C'est par où, la paix?

La part du Colibri est une nouvelle chronique exclusive de Gil Rossion, ancien journaliste à la RTS, auteur et comédien.



La paix soit avec vous.


La paix

soit avec vous.


On le dit dans différentes cultures,

dans différentes confessions,

à différentes époques.

On le dit par habitude,

ou par conviction.


La paix soit avec vous.


La paix

soit avec nous.

La paix, autour de nous ?

La paix, en nous ?


Vaste programme.


À priori, à moins de vivre dans un monde virtuel, ou de souffrir d’une pathologie incurable, personne ne rêve de violence, de terreur, ou d’extermination.

En toute logique, on imagine donc que plus le spectre d’une guerre se profilerait, plus on parlerait de recherche de la paix, de chemins qui peuvent y conduire, ou de digues qui peuvent la protéger.

Or, pas du tout, à découvrir l’image du monde proposée par les médias – ouvrez les guillemets - «agréés» - fermez les guillemets – la guerre a déjà glissé le pied dans notre porte, et il n’y aurait plus de temps à perdre en vaines négociations.

Nous sommes conduits à marche forcée dans l’impasse du «pas moyen d’y échapper» - entendez «inutile même d’essayer».

La guerre menace toujours davantage ?

Non, l’urgence n’est pas de prévenir les horreurs déjà oubliées du passé.

L’urgence est de fourbir les armes pour en infliger de nouvelles bien pires !



«Si vis pacem, para bellum»

- C’est du latin -

«Si tu veux la paix, prépare la guerre»


Comme chacun jure, la main sur le coeur, vouloir sauver la paix à tout prix, on la prépare donc activement cette guerre, consciencieusement, professionnellement, généreusement.

Si bien qu’au bout de tant de temps et de fonds consacrés au développement d’armes si performantes, à l’élaboration de stratégies si ingénieuses, il serait bien fâcheux de ne pas récolter un juste retour sur investissement.

Et voilà que l’armée, notre armée, le corps constitué dont l’existence ne se justifie que parce qu’il serait le garant de notre paix, nous presse de nous engager sans tarder dans la guerre, quitte à la déclarer.

Prévenir, c’est guérir, n’est-ce pas ?

Du moins est-ce la bonne parole portée par les officiers invités à s’exprimer dans les médias – ouvrez les guillemets - «de confiance» - fermez les guillemets.

Les officiers en proie au doute, eux, sont priés de respecter la tradition qui vaut à l’armée son sobriquet de «Grande Muette».


Un jeu d’échec ne compte que 2 rois et 2 reines.

Ce sont les détenteurs du pouvoir suprême.

Mais sans les 8 petits pions, «qui ne sont rien» s’ils devaient être aperçus dans un hall de gare par certains grands penseurs de notre époque, ces 2 rois et ces 2 reines ne pourraient rien faire.

Sans le concours de ces gueux de petits pions, rois et reines seraient parfaitement impuissants !

Il faut donc convaincre ces simples pions de la nécessité impérieuse de la guerre, puisqu’ils seront les seuls à devoir en supporter tous les efforts et toutes les tragédies.

Les médias – ouvrez les guillemets - «de référence» - fermez les guillemets – déclinent donc à tous les temps et tous les modes les valeurs, l’éthique, et surtout les peurs.

De la chair de poule à la chair à canon, la transmutation est garantie.

Nous voilà condamnés à entendre en boucle le même conte poussiéreux pour vieux enfants, tout en noir et blanc, avec ses super-héros plus-que-parfaits et ses super-méchants plus-que-mauvais.


Et si jamais ça pète, si jamais on y est pour de vrai, pour l’instant là-bas, suffisamment loin de notre confort, on compte les morts, on suit les rebondissements de conflits choisis à la carte comme on suivrait le nième épisode d’une série de télé-réalité,

… ou on détourne le regard.

Circulez, y a rien à voir !


Sommes-nous devenus fous ?


Sérieusement.


Arrêtons-nous un instant.

Arrêtons-nous.

Vraiment.

Maintenant.


Respirons profondément.


Ecoutons le calme qui s’installe.

En nous.


Aux 4 coins du monde, quels que soient notre origine, notre statut, notre culture, notre histoire, notre confession, nous partageons tous de mêmes moments de grâce, de détresse, et d’émerveillement : l’émoi de la 1ère fois dans l’intimité d’un être aimé, les jours à l’envers sans foi ni voix, la communion avec la respiration de l’Univers, une nuit d’été, couché sous les étoiles.


Alors, tous ceux-là que je ne connais pas, mais qui partagent les mêmes choses essentielles que moi, pourquoi irais-je leur défoncer le portrait ?


Sérieusement.


Qu’est-ce qui justifie, où que ça se passe, quels que soient les discours et les intérêts en jeu, qu’est-ce qui justifie la mort et la mutilation, en ce moment même, dans de trop nombreux endroits du monde, de milliers d’enfants, de femmes, de simples gens comme nous, dont le seul tort est d’appartenir à la «mauvaise» communauté, et de se trouver sur la «mauvaise» terre, au «mauvais» moment ?


Sérieusement.


Qu’est-ce qui justifie les pères et les mères vidés de leur sang ? Le trou noir béant qui engloutit leurs enfants ?

Qu’est-ce qui justifie l’inoculation quotidienne, massive, forcée, de la peur, de la peur épaisse qui bouche le coeur ?

Qu’est-ce qui justifie les chairs et les horizons déchiquetés ?


Sérieusement.


Rien.

R-I-E-N.

Rien.

Rien ne justifie de tels drames.


Alors,

au plus profond de nous-mêmes,

réellement,

dans le silence,

pensons-y,

pensons-y :

sans les simples pions, aucune guerre ne peut être menée.

Aucune !


Tout au long de l’Histoire, les élites, instituées ou auto-proclamées, n’ont jamais demandé au peuple la permission de déclarer la guerre.

Pourquoi devrions-nous leur demander la permission de déclarer la paix ?


Que la paix soit avec vous.




Mots-clés :

 
 
 

1 commentaire

Noté 0 étoile sur 5.
Pas encore de note

Ajouter une note
Invité
12 avr.

La guerre ne peut avoir qu'un but légitime : Défendre le Droit, faire régner la Civilisation.

On n'a inventé le militarisme que pour soutenir l'injustice et c'est l'envahissement progressif du régime de la force qui a fait régner partout la souffrance des masses. Le militarisme a pris sa forme moderne en 1558 ; cette date est celle de l'année où fut créé le premier régiment de France. Notons cependant que c'est Charles VII, le premier, qui prit en mains le commandement suprême des compagnies de guerre et imagina la création d'une armée nationale. Les armées furent d'abord composées de simples bandes de pillards de profession, ou de vilains. Aussi, c'est à partir de Louis XIV que les hommes reçurent une…

J'aime
bottom of page