La vie après maman
- Isabelle Alexandrine Bourgeois

- il y a 11 heures
- 4 min de lecture

Je viens de perdre ma mère... Elle nous a quittés dans la nuit du 4 au 5 janvier, dans l'amour et la paix, entourée de sa famille, allégée par la gratitude d'avoir honoré une vie généreuse, riche et exemplaire.
Passé le choc de son départ, entre la joie de la savoir libérée et les larmes de l’avoir perdue (dans sa dimension physique), quelque chose d’autre m’habite que j’ose à peine avouer: quand on perd un parent, il peut arriver parfois de respirer plus librement. Non pas parce que ma chère maman me pesait, je l’aimais profondément. Et je me sentais aimée d'elle. Mais parce que son départ du monde incarné a fait lâcher la tension de l’élastique qui nous reliait l’une à l’autre pour ne garder plus que le fil invisible de l’amour inconditionnel.
On n’en parle pas souvent, de ce phénomène-là. Ce moment un peu sacrilège où la tristesse du deuil s’accompagne, en douce, d’une ouverture et d’un espace d’un plus grand possible. Une petite détente qui ose à peindre poindre le bout de son nez, au risque de se faire rabrouer. Mais il faut bien l’admettre: tout à coup, on n’a plus personne au-dessus de soi à qui plaire. Plus de filtres à porter pour ménager la sensibilité d’un parent, plus d’injonctions intérieure à rester dans les clous, même quand on est soi-disant adulte, libre et affranchi.
Que l’on soit sage ou rebelle, prudent ou fougueux, on vit longtemps, parfois toujours, avec le souci de ne pas trop déranger ses parents. De ne pas heurter leur vision du monde, de ne pas les attrister avec nos virages trop serrés ou nos vérités trop nues. Alors on ruse, on compose, on se tortille. Même dans l’amour. Surtout dans l’amour...
Et puis un jour, il n’y a plus personne à protéger de nos choix à rebrousse-poil. Plus de regard à rassurer. Il n'y a plus à réfréner nos élans pour éviter de faire trébucher ce parent que l'on aime. C’est vertigineux. Je vis en même temps, la paix et le chaos des larmes.
15 jours après le départ de ma mère, je me découvre seule à bord de mon existence.
Entièrement responsable de moi-même. Libérée de cette fidélité affective qui m’obligeait à arrondir les angles de ma vie pour ne pas griffer celle de ma chère figure maternelle. Je n'ai plus à faire rentrer le récit de mon existence dans la pointure qui était la plus ajustée pour elle. Je n’ai plus besoin de chausse-pied pour me faire aimer.
Dans ce vide intersidéral laissé par l'absence de sa pétillante personnalité s'installe peu à peu le plein de notre amour assemblé, sans filtre, ni lentilles.
Et dans cette solitude nouvelle, quelque chose pousse. Quelque chose qui ressemble à une autorisation de vivre encore plus pleinement, plus fidèlement, plus vraie.
Perdre un parent, c’est parfois cela: une naissance un peu brutale, mais d’une justesse bouleversante. On ne se cache plus. On ne retient plus son souffle. On devient l’adulte qu’on est venu être, pas celui qu’on a construit pour ne pas faire de peine. On ne peut plus prendre nos parents comme excuse à l’oubli de vivre vraiment.
Aujourd’hui, je ressens ma mère partout en moi et autour de moi. Je l’aime comme jamais et librement. Ces dernières années, nous avions réussi à nous aimer au-delà de nos différences et à fêter ensemble ce que nous partagions: la joie de vivre, le sens de l’amitié et les bons petits plats bien cuisinés. Je sens désormais que nous avons fusionné l'une dans l'autre et que je suis une nouvelle version de moi-même, bonifiée du meilleur de maman. Je n'ai plus besoin d'être une bonne fille. Je peux juste être moi. Et continuer à aimer ma mère totalement, depuis cet endroit-là.
Ma chère maman, je continuerai de mon mieux à partager ton énergie, ton charisme et ta générosité, à cultiver l'humour en mémoire de nos rires récurrents. Tu es partie en m'offrant cette liberté de pouvoir vivre sans «pass», ni masque, mais avec ta lumière déposée en moi, comme une poignée d'étincelles glissées joyeusement dans mes poches pour la route. Je t'en suis d'une infinie reconnaissance.
Toi, la brodeuse infatigable, tu me montres depuis ton départ que «là où nous croyons toucher à la fin, commence souvent le fil invisible de l’éternité.» Quelques semaines avant ta mort, tu m’avais dit, avec humour: «En tout cas, j’espère que vous beaucoup pleurer à mes funérailles!»
C’est «mission accomplie» petite maman! Tout le monde a beaucoup pleuré hier à l'occasion de ta cérémonie d'adieux. J'ai vu, par les larmes de chacun, combien tu as été aimée et combien tu as aimé... Et comme tu l’aurais sans doute dit avec ton sourire malicieux, en reprenant l’esprit de ton émission de télévision préférée: pour cette vie si pleinement vécue, pour cet amour donné sans compter… «Affaire conclue», et même très bien conclue!

PS: je profite de cet article pour remercier du fond du coeur les nombreuses personnes qui m'ont témoigné leur sympathie et leur amitié. J'en ai été infiniment touchée. J'ai mesuré combien ce soutien collectif m'a donné des ailes et s'est vécu comme une étreinte vibrante et prolongée... Je remercie aussi mes chères soeurs Diane et Julia d'avoir généré tant d'amour et de dévouement autour du départ de notre mère. La famille s'est sentie à l'unisson autour de l'envol de notre Étoile qui a quitté la scène avec panache.




Chère Isabelle
J’aime tellement ta plume qui dépose des mots ciselés, brodés , gravés , ciblés ; savoir exprimer tant de choses avec cette merveilleuse énergie et force solaire .
Merci pour ce partage qui m’a profondément émue .
Beau chemin de liberté à toi !
Avec le cœur 🩵
Enza
Très chère Isou,
merci du fond du coeur pour ce beau partage . Je comprends parfaitement ce que tu veux dire. Maintenant, c'est toi l'adulte responsable, toi qui es au premier rang, sans plus te sentir limitée dans tes élans par un cadre de bienséance.
Je te souhaite une merveilleuse nouvelle relation avec cette belle dame qui fut ta maman.
Je t'embrasse fort,
colette
Bien chère Isabelle,
Reçois mes sincères condoléances pour le départ de ta chère maman. Tes mots me touchent au fond du coeur et des tripes car tellement vrais et sincères. Que se fil qui vous relie et qui ne meure jamais vous unisse et vous comble dans la suite du parcours de chacune, là et ailleurs.
Bien à vous
Marie-Rose
Bonjour Isabelle je viens d'entrer dans ta grande famille de coeur .Le chèque du prix de mon abonnement est honoré. Comment te dire les tonnes de sanglots qui ont failli m' étrangler à la lecture de la nouvelle du passage de ta maman dans une autre dimension de la VIE qui jamais ne cesse .
Chacun de tes mots parlent très précisément de mes ressentis après l'annonce du départ de ma propre mère quittée à l'âge de 4 ans sans jamais plus en avoir entendu parler et retrouvée quand mes 50 ans ont sonné l'impératif d'aller à sa recherche au fin fond de mon désert natal .
Je l'ai retrouvée et nous nous sommes rencontrées 2 fois et elle à…
Bonjour, Isabelle !
Tout d'abord, que mon empathie chaleureuse vous parvienne dans la nouvelle situation de ce début d'année.
C'est avec gratitude que j'ai reçu ce message, qui témoigne de votre authenticité, et je partage ces valeurs, qui expriment ce que nous sommes et notre mission unique sur terre : chaque être est " un " tout en étant relié à chaque autre " un " , et ce lien est également " un " !
Quel mystère !
Et quelle magnifique tâche que chacun, chacune soit à sa place tout en respectant la place de l'autre, en contribuant même à ce que l'autre révèle de meilleur, en permettant aux différences d'être complémentaires, et en se sentant unis dans le…