La vie après maman
- Isabelle Alexandrine Bourgeois

- 21 janv.
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 15 févr.

Je viens de perdre ma mère... Elle nous a quittés dans la nuit du 4 au 5 janvier, dans l'amour et la paix, entourée de sa famille, allégée par la gratitude d'avoir honoré une vie généreuse, riche et exemplaire.
Passé le choc de son départ, entre la joie de la savoir libérée et les larmes de l’avoir perdue (dans sa dimension physique), quelque chose d’autre m’habite que j’ose à peine avouer: quand on perd un parent, il peut arriver parfois de respirer plus librement. Non pas parce que ma chère maman me pesait, je l’aimais profondément. Et je me sentais aimée d'elle. Mais parce que son départ du monde incarné a fait lâcher la tension de l’élastique qui nous reliait l’une à l’autre pour ne garder plus que le fil invisible de l’amour inconditionnel.
On n’en parle pas souvent, de ce phénomène-là. Ce moment un peu sacrilège où la tristesse du deuil s’accompagne, en douce, d’une ouverture et d’un espace d’un plus grand possible. Une petite détente qui ose à peindre poindre le bout de son nez, au risque de se faire rabrouer. Mais il faut bien l’admettre: tout à coup, on n’a plus personne au-dessus de soi à qui plaire. Plus de filtres à porter pour ménager la sensibilité d’un parent, plus d’injonctions intérieure à rester dans les clous, même quand on est soi-disant adulte, libre et affranchi.
Que l’on soit sage ou rebelle, prudent ou fougueux, on vit longtemps, parfois toujours, avec le souci de ne pas trop déranger ses parents. De ne pas heurter leur vision du monde, de ne pas les attrister avec nos virages trop serrés ou nos vérités trop nues. Alors on ruse, on compose, on se tortille. Même dans l’amour. Surtout dans l’amour...
Et puis un jour, il n’y a plus personne à protéger de nos choix à rebrousse-poil. Plus de regard à rassurer. Il n'y a plus à réfréner nos élans pour éviter de faire trébucher ce parent que l'on aime. C’est vertigineux. Je vis en même temps, la paix et le chaos des larmes.
15 jours après le départ de ma mère, je me découvre seule à bord de mon existence.
Entièrement responsable de moi-même. Libérée de cette fidélité affective qui m’obligeait à arrondir les angles de ma vie pour ne pas griffer celle de ma chère figure maternelle. Je n'ai plus à faire rentrer le récit de mon existence dans la pointure qui était la plus ajustée pour elle. Je n’ai plus besoin de chausse-pied pour me faire aimer.
Dans ce vide intersidéral laissé par l'absence de sa pétillante personnalité s'installe peu à peu le plein de notre amour assemblé, sans filtre, ni lentilles.
Et dans cette solitude nouvelle, quelque chose pousse. Quelque chose qui ressemble à une autorisation de vivre encore plus pleinement, plus fidèlement, plus vraie.
Perdre un parent, c’est parfois cela: une naissance un peu brutale, mais d’une justesse bouleversante. On ne se cache plus. On ne retient plus son souffle. On devient l’adulte qu’on est venu être, pas celui qu’on a construit pour ne pas faire de peine. On ne peut plus prendre nos parents comme excuse à l’oubli de vivre vraiment.
Aujourd’hui, je ressens ma mère partout en moi et autour de moi. Je l’aime comme jamais et librement. Ces dernières années, nous avions réussi à nous aimer au-delà de nos différences et à fêter ensemble ce que nous partagions: la joie de vivre, le sens de l’amitié et les bons petits plats bien cuisinés. Je sens désormais que nous avons fusionné l'une dans l'autre et que je suis une nouvelle version de moi-même, bonifiée du meilleur de maman. Je n'ai plus besoin d'être une bonne fille. Je peux juste être moi. Et continuer à aimer ma mère totalement, depuis cet endroit-là.
Ma chère maman, je continuerai de mon mieux à partager ton énergie, ton charisme et ta générosité, à cultiver l'humour en mémoire de nos rires récurrents. Tu es partie en m'offrant cette liberté de pouvoir vivre sans «pass», ni masque, mais avec ta lumière déposée en moi, comme une poignée d'étincelles glissées joyeusement dans mes poches pour la route. Je t'en suis d'une infinie reconnaissance.
Toi, la brodeuse infatigable, tu me montres depuis ton départ que «là où nous croyons toucher à la fin, commence souvent le fil invisible de l’éternité.» Quelques semaines avant ta mort, tu m’avais dit, avec humour: «En tout cas, j’espère que vous serez nombreux à pleurer à mes funérailles!»
C’est «mission accomplie» petite maman! Tout le monde a beaucoup pleuré hier à l'occasion de ta cérémonie d'adieux. J'ai vu, par les larmes de chacun, combien tu as été aimée et combien tu as aimé... Et comme tu l’aurais sans doute dit avec ton sourire malicieux, en reprenant l’esprit de ton émission de télévision préférée: pour cette vie si pleinement vécue, pour cet amour donné sans compter… «Affaire conclue», et même très bien conclue!

PS: je profite de cet article pour remercier du fond du coeur les nombreuses personnes qui m'ont témoigné leur sympathie et leur amitié. J'en ai été infiniment touchée. J'ai mesuré combien ce soutien collectif m'a donné des ailes et s'est vécu comme une étreinte vibrante et prolongée... Je remercie aussi mes chères soeurs Diane et Julia d'avoir généré tant d'amour et de dévouement autour du départ de notre mère. La famille s'est sentie à l'unisson autour de l'envol de notre Étoile qui a quitté la scène avec panache.




Tes publications ....Une fusée d'étoiles merveilleuses.... comme toi.
Salut Isabelle,
Par ton courrier périodique j'ai appris le décès de ta chère maman, qui te frappe et frappe tous les tiens. J'ai aimé le style et ce que tu as évoqué dans l'éloge funèbre à ta maman.
Je te présente mes condoléances et l'assurance de mes sentiments de sympathie.
Francis Gleyre
Bonjour Isabelle et Merci pour votre témoignage et votre partage émouvant et sincère.
Vos mots sont toujours justes, à l'image du contenu de vos articles.
Pour ma part, j'ai vécu le départ de ma mère tout d'abord comme une épreuve ; puis, en réalisant un travail personnel, je l'ai transformé en une libération, honorant notre relation et notre amour inconditionnel.
Bien à vous, Chris
Quel bienfait, toutes vos petites lucioles, d’avant et d’après, si lumineuses et si généreusement partagées!
À vous ✨… pour continuer 🎶
Chère Isabelle,
Merci pour la beauté et l’honnêteté de votre article sur le départ de votre maman. Il y a comme un écho très léger qui résonne en moi suite à sa lecture car je viens de perdre ma maman adorée ce 2 février et votre article face à mon immense peine va me rendre attentive en ce « peut-être » changement qui pourrait apparaître dans les semaines à venir.
De tout cœur avec vous et merci d’être ce que vous êtes.
Christelle