Recul des libertés, comment les reconquérir?
- Isabelle Alexandrine Bourgeois

- 21 nov. 2025
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 21 août
Trois rapports récents alertent sur l’état alarmant des libertés dans le monde et en Europe. Le plus médiatisé, celui de Freedom House, Freedom in the World 2025, indique un recul de la liberté pour la 19ᵉ année consécutive en 2024 : « 60 pays ont connu une détérioration de leurs droits politiques et libertés civiles, contre 34 améliorations. »

L’ONG américaine, qui a été fondée en 1941, précise toutefois que ce rapport ne traite pas en détail la liberté d’expression ou la surveillance numérique dans les démocraties occidentales — un angle mort que certains critiques jugent problématique.
Voici les principales conclusions du rapport Freedom in the World 2025:
La liberté mondiale a reculé pour la 19ᵉ année consécutive.
60 pays ont connu une détérioration des droits politiques et civils, contre 34 améliorations.
Les plus fortes régressions : El Salvador, Haïti, Koweït, Tunisie.
Les progrès : Bhoutan, Bangladesh, Sri Lanka, Syrie.
Plus de 40 % des élections nationales en 2024 ont été entachées de violence, manipulations ou répression post-électorale.
Les conflits armés et la répression autoritaire ont été les deux principales causes du recul des libertés.
À contre-champ, le rapport 2025 de Civil Liberties Union for Europe (Liberties.eu) — réseau européen de défense des libertés — montre que même dans des pays comme la France, l’Allemagne ou l’Espagne l’espace civique se rétrécit: restrictions sur le droit de manifester, ONG fragilisées, surveillance accrue des plateformes numériques.
Enfin, l’agence officielle européenne European Union Agency for Fundamental Rights (FRA) a publié une contribution à son tour sur le rapport « Rule of Law 2025 », soulignant comment la protection du « civic space » (espace citoyen) demeure fragile dans l’UE : mesures légales restrictives, pressions judiciaires sur les ONG, défiance envers les institutions de contrôle.
Ainsi, même si les approches diffèrent, ces trois institutions convergent sur un point: l’espace de la liberté se réduit.
Du côté de la Commission européenne, le 12 novembre dernier, a été présenté son plan de «Bouclier démocratique européen» destiné à «protéger la démocratie, la société civile et les institutions» face à ce que l'organe perçoit comme une montée du totalitarisme en Europe. Si cet engagement en faveur de la liberté paraît salutaire, il recèle une ambivalence: conçu pour «lutter contre la manipulation de l’information, les ingérences étrangères, la désinformation», le dispositif crée aussi un cadre de contrôle renforcé de l’espace civique et des médias. Dans ce contexte, les outils censés défendre la liberté peuvent se métamorphoser en instruments de normalisation: la lutte contre des régimes «autoritaires» (il faudrait peut-être sérieusement définir un jour ce que l'on entend par «autoritaire») peut devenir, à son tour, un prétexte à restreindre la liberté d’expression, surveiller la dissidence ou encadrer davantage les organisations citoyennes. Le rapport se retourne alors contre son but: au lieu d’élargir la liberté, il favorise une gouvernance plus rigide aux marges de la société.
Car, si nous revenons sur nos trois rapports, il faut relever un point important: le financement largement anglo-saxon de nombreux organismes censés mesurer la liberté dans le monde, tels que Freedom House, Transparency International ou encore certains think tanks européens, façonne un regard culturellement orienté, empreint d’idéologie et d’intérêts géopolitiques.
Depuis Washington, Londres ou Bruxelles, ces institutions observent la planète à travers un prisme façonné par l’histoire et les valeurs du monde anglo-américain. Leur conception de la liberté n’est pas universelle: elle plonge ses racines dans les Lumières britanniques et dans le libéralisme économique, cette matrice où l’individu autonome devient l’alpha et l’oméga de toute existence politique.
Ainsi, les critères de Freedom House privilégient la liberté de la presse, le pluralisme électoral, les droits individuels et l’économie de marché — autant de piliers du modèle libéral occidental. Mais cette approche ignore d’autres formes de liberté vécues dans d’autres civilisations: celle, communautaire, que l’on rencontre en Afrique ou en Asie, fondée sur la solidarité et l’appartenance; celle, spirituelle, des traditions orientales, où la liberté consiste moins à choisir qu’à se libérer de l’ego; ou encore celle, intérieure, au sens chrétien ou soufi, indissociable du lien au divin. La plus important, à mon sens...
Alors, d’où vient ce rétrécissement des libertés? Est-ce le fruit d’un pouvoir devenu technocratique et infantilisant, ou le reflet d’un affaiblissement intérieur des citoyens, incapables d’exercer leur souveraineté?
Pour en parler, j'ai à nouveau interviewé Marion Saint-Michel, psychologue clinicienne, autrice de «Gouvernance perverse, la décoder pour s’en libérer » un ouvrage salutaire pour comprendre les mécanismes de manipulation du réel, de «dévitalisation» des masses et de sabotage du libre-arbitre.
Je rappelle que Marion Saint-Michel sera en conférence en Suisse le vendredi 16 janvier à Aubonne, puis donnera un atelier sur ce thème le dimanche 18 janvier. Renseignements et inscriptions sur le site www.planetpositive.org.



Bonsoir,
Je trouve que les réponses de Marion Saint-Michel sont claires, et en effet, simples ! Voir la réalité et agir sont des anti-dotes à la peur, à la dépression, à la rumination individuelle et/ou collective... Et, c'est bon de le préciser, se mettre en route pour ce qui est à notre niveau, dans notre quotidien, avec nos moyens... est à notre portée, mais... cela demande du courage : oser mettre en pratique ce dont nous avons pris conscience ! En me positionnant de manière authentique, j'ai vu ma conscience s'élargir encore plus et discerner plus rapidement le vrai du faux !
Belle continuation, cordialement,
Blandine