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Pourquoi je détourne mon regard du carrousel médiatique

Dernière mise à jour : il y a 4 heures

Et si l'actualité n'était plus qu'un immense carrousel où les chevaux changent de cavalier mais où l'on tourne toujours en rond? Entre guerre de l'information, agitation permanente et confusion organisée, je ressens aujourd'hui le besoin de prendre du recul, de ralentir le rythme et de revenir à ce qui nourrit réellement la conscience plutôt que le vacarme. Voici pourquoi.

 

Je crois que je suis arrivée à un âge où l'on finit par reconnaître un carrousel quand on le voit tourner. Pendant des années, j'ai observé et analysé l'actualité avec passion. J'ai tenté d'en comprendre les rouages, les acteurs, les intérêts visibles et invisibles. Comme sur les dessins mystères de mon enfance, je cherche inlassablement à relier les points, à remettre les événements dans leur contexte historique, géopolitique et spirituel. Pourtant, plus le temps passe, plus j'ai le sentiment que l'actualité contemporaine ressemble à une plate-forme Netflix dont les scénaristes continuent à produire de nouveaux épisodes pour maintenir l'audience captive.



Le Manège enchanté de mon enfance faisait tourner des lapins, des chiens et des escargots. Celui de notre époque fait tourner les marchés financiers, les chaînes d'information et les émotions humaines. Chaque matin apporte son nouveau rebondissement, son nouveau scandale, son nouvel expert, son nouveau sauveur, son nouveau scoop. Les chaînes d'information remâchent les mêmes narratifs comme un vieux chew-gum qui a perdu son goût.



Les influenceurs commentent les commentateurs qui commentent les commentaires des experts qui commentent les déclarations des dirigeants qui, eux-mêmes, reviennent souvent sur ce qu'ils ont déclaré la veille.

 

La géopolitique ressemble désormais à une gigantesque émission de télé-réalité où les alliances se font et se défont au gré des intérêts du moment, où les ennemis d'hier deviennent les partenaires de demain avant de redevenir les adversaires du surlendemain, et où les peuples sont priés de suivre le scénario sans poser trop de questions. Et idéalement, en se faisant tondre au passage! Le tout, dans un monde où l'on est passé d'un État de droit à une dictature des règlements, en tout cas en Occident.

 

La communication comme délit d'initié légal

Nous ne sommes plus seulement dans une guerre des idées ou de l'information. Nous sommes dans un système où une phrase prononcée devant une caméra peut déplacer des milliards de dollars en quelques secondes. L'article universitaire «President Donald Trump and the Stock Market» propose une synthèse académique de nombreuses recherches consacrées à l'impact de Donald Trump sur les marchés financiers. Les déclarations publiques de Trump ne seraient pas seulement destinées aux électeurs ou aux médias, mais constitueraient également des signaux décodables par les marchés financiers.


Les grands fonds d'investissement, banques d'affaires et acteurs du trading algorithmique seraient capables d'interpréter ces signaux avant le grand public. Le véritable enjeu ne serait plus la communication politique mais l'orientation des flux financiers mondiaux pour finir dans les poches de quelques-uns. La machine Enigma codait les messages militaires du IIIe Reich. Aujourd'hui, on peut se demander si les conférences de presse, les tweets présidentiels et les annonces géopolitiques ne constituent pas une nouvelle forme de machine de chiffrement, non plus destinée aux généraux, mais aux marchés financiers.


Personnellement, je ne doute aucunement que certains acteurs très bien informés anticipent ces mouvements ou bénéficient d'un accès privilégié à certaines informations. Dans le monde moderne, les algorithmes détectent certains mots-clés, évaluent leur tonalité et déclenchent automatiquement des ordres d'achat ou de vente.


C'est tout l'objectif des fake news. Elles ne sont pas toujours créée pour être crues; elles sont souvent conçues pour être partagées. Dans l'économie de l'attention, chaque indignation, chaque peur et chaque polémique nourrissent les algorithmes qui récompensent l'engagement émotionnel.

 

C'est probablement cette réalité qui alimente l'impression que la politique contemporaine ressemble parfois à un immense carrousel médiatique dont les spectateurs voient les acteurs sur scène, tandis que les véritables conséquences se produisent discrètement dans les salles de marché.

 

Les guerres comme hub financier

La guerre en Ukraine offre un exemple saisissant de ces manoeuvres en coulisses. Les lignes rouges se déplacent comme des panneaux publicitaires, les objectifs changent en cours de route, les négociations apparaissent puis disparaissent, les victoires sont proclamées avant d'être démenties par les faits, tandis que les populations continuent à enterrer leurs morts. En haut de la pyramide, on mise; en bas, on compte les ruines.

 

Au Proche-Orient, on annonce régulièrement des avancées diplomatiques, des processus de paix ou des désescalades, avant que les mêmes tensions ne réapparaissent sous une autre forme. Trump et Netanyahu passent leur temps à se gifler avant de s'embrasser au générique de fin. Avec l'Iran, les déclarations alarmistes alternent avec les ouvertures diplomatiques, puis reviennent à leur point de départ comme si l'histoire tournait en rond sur elle-même. Les titres changent, les communiqués aussi. Les visages parfois. Mais les rapports de force et les intérêts profonds demeurent remarquablement et tristement stables. Derrière le rideau d'un tonitruant accord irano-américain, les mêmes opérateurs de l'ombre continuent de distribuer les rôles et les bombes, tandis que les peuples applaudissent ou protestent selon le scénario du jour.

 

Bref, lorsque l'Iran ou les Etats-Unis menacent de fermer le détroit d'Ormuz, le citoyen ordinaire entend un risque de guerre. Les journalistes y voient un sujet d'actualité. Les experts y voient une crise géopolitique. Les algorithmes, eux, y voient un mot-clé. Et certains fonds d'investissement y voient une opportunité.

Alors plutôt que de commenter en boucle les tactiques géopolitiques ou militaires auprès des influenceurs de la Toile, ne suffit-il pas de se poser une seule question: qui gagne de l'argent pendant que le monde débat sur tous les fronts? Alors je dois vous avouer que je sature un peu... Comme journaliste sincère, où me situer au milieu de ce champ de bataille de l’info où le règne de l'illusion domine?

 

Surinformer pour assommer

De plus, avec les années, j’observe une autre réalité: le véritable pouvoir ne consiste peut-être plus à cacher l'information mais à la noyer. Nous vivons dans une époque où les vérités, les mensonges, les demi-vérités, les rumeurs, les hypothèses, les révélations et les opérations de communication circulent dans un même flux continu. Dire tout et son contraire est devenu une méthode redoutablement efficace et les contenus générés avec de l’IA nous embrouille un peu plus. Dans ce smog permanent, chacun finit par choisir sa vérité, son camp, ses experts, ses réseaux sociaux et ses certitudes, tandis que l'attention collective s'épuise dans des débats stérile.

Pendant ce temps, chacun oublie de s'explorer de l'intérieur; d'apprendre à se connaître pour ne plus être la proie inconsciente de forces invisibles.


 Je veux être la Mary Poppins de l’info

 Il devient de plus en plus difficile pour un journaliste honnête de prétendre savoir ce qui est vrai ou faux. L’actualité ressemble à un immense miroir déformant dans lequel chacun projette ses peurs, ses espoirs et ses croyances. On est en plein manège "désenchanté", bien loin de celui de Mary Poppins ou de Polux qui nous ont fait tant rêver !

 

Pourquoi ne pas ouvrir le parapluie de Mary Poppins et nous élever au-dessus du manège? Vu du ciel, les querelles de pouvoir ressemblent à des jeux d'enfants et les tempêtes médiatiques à de simples ronds dans l'eau. C'est souvent en prenant de la hauteur que l'on retrouve le chemin de la vie réelle.
Pourquoi ne pas ouvrir le parapluie de Mary Poppins et nous élever au-dessus du manège? Vu du ciel, les querelles de pouvoir ressemblent à des jeux d'enfants et les tempêtes médiatiques à de simples ronds dans l'eau. C'est souvent en prenant de la hauteur que l'on retrouve le chemin de la vie réelle.

J'ai donc pris une décision simple: je n'ai plus envie de nourrir la machine à sous des algorithmes et des effets d’annonces. Je n'ai plus envie de consacrer mon énergie, ni celle de mes lecteurs, à commenter chaque épisode d'un système moribond qui s'effondre sous le poids de ses propres contradictions.


Je continuerai naturellement à observer le monde, à enquêter, à voyager et à rencontrer des êtres inspirants, mais je refuse désormais de passer mes journées à scroller les réseaux sociaux et à commenter les soubresauts d'un grand théâtre dont le scénario m'intéresse de moins en moins.


Les informations auxquelles je continuerai à accorder de la valeur resteront essentiellement celles qui naissent d'une rencontre humaine inspirante, d'un reportage de terrain, d'une conversation sincère ou d'une expérience vécue, avec comme toujours, une préférence pour les sujets en lien avec tout ce qui libère d'un côté, et réuni de l'autre.


Je continue bien sûr à publier sur Planète Vagabonde, mais moins souvent et avec encore davantage d'exigence. Je préfère désormais écrire moins d'articles mais des articles qui comptent vraiment, qui nous rendent un peu plus vivant. Je resterai fidèle à ma ligne éditoriale en publiant des textes ou des vidéos qui apportent du recul plutôt que de la réaction, de la profondeur plutôt que de l'agitation, de la conscience plutôt que du conditionnement. Je crois sincèrement que nous avons davantage besoin d'oxygène pour l'âme que de nourriture supplémentaire pour le mental.


Un one woman show en 2027 Cette décision s'accompagne d'ailleurs d'une nouvelle aventure qui me réjouit profondément et pour laquelle j’ai besoin de libérer du temps. Ces prochains mois, je vais me consacrer à un rêve que je porte depuis longtemps: la création de mon premier «one woman show». Après avoir passé tant d'années à raconter le monde par l'écriture, le reportage et les conférences, j'ai envie d'explorer la dimension artistique qui m’habite depuis mon enfance, une autre forme de langage, plus créative, qui n'a pas encore tout dit. J'ai envie de créer un spectacle sur la liberté, la conscience et la beauté, par l’humour et la poésie. J'ai envie de faire rire, de libérer, de faire voyager et peut-être même de faire du bien.

 

Planète Vagabonde revient à son concept de départ

Enfin, je souhaite vous informer d'un changement important concernant le média. Depuis plusieurs mois, j'ai rendu mes articles accessibles librement par pure générosité. L'intention était belle. Le résultat l'est un peu moins. Les lecteurs sont venus beaucoup plus nombreux, mais les abonnements de soutien ont presque disparu. Or, aussi romantique soit-elle, l'indépendance ne paie ni les déplacements, ni les enquêtes, ni les reportages, ni les factures. Je n’ai pas de grands sponsors privés pour rémunérer mon travail. Un choix volontaire pour rester un média libre de toutes influences ou pression.

 

Voici mon dernier article en accès libre. Après quoi, l'ensemble des articles de Planète Vagabonde redeviendra réservé aux abonnés, comme à ses débuts. J'aurai sans doute moins de lecteurs, mais je pourrai continuer à vivre de mon travail.


Mes lecteurs connaissent à présent mon style, la philosophie qui m’habitent et ma quête insatiable de liberté. S’ils souhaitent continuer à me lire tout en soutenant mon engagement et la liberté d’expression, j’ose espérer qu’ils comprendront ma démarche et seront au rendez-vous. Parce que je préfère une communauté engagée qui soutient réellement ce média plutôt qu'une foule de visiteurs de passage qui consomment gratuitement un travail qu'ils apprécient pourtant. Vous êtes d’ailleurs nombreux à me l’écrire et à me le dire et je vous en suis très reconnaissante. Mais je suis encore plus reconnaissante à tous les adhérents qui ont posé un acte concret de générosité en souscrivant à une formule d'abonnement. Qu'ils en soient infiniment remerciés.

 

Puissions-nous continuer à nous informer sans mouliner. Mouliner, c’est tourner sans fin dans la roue des commentaires, des émotions et des réactions sans jamais quitter le manège. S'informer, c’est comprendre le réel dans toute sa complexité afin de poser des actes plus conscients, plus libres et plus responsables.

 


Cet extrait du film de Mary Poppins illustre à merveille les propos de mon article et la nécessité de quitter le carrousel. Et comme l'héroïne, je me détache du manège pour continuer à voler et ré-enchanter le monde par la magie et l’audace. Comme Mary Poppins, je vous invite à m’accompagner sur ce chemin.  


Oui, l'actualité mondiale ressemble à ces vieux manèges pour enfants où les chevaux, les voitures et les carrosses tournent inlassablement en rond. Trump monte sur le cheval, Poutine prend le carrosse, les marchés financiers s'installent dans la voiture de tête, et les peuples continuent de payer leur ticket pour un tour supplémentaire.


Pour ma part, je préfère descendre du Poney en bois et vous convier au Tir à la pipe, là où l'on peut encore s'amuser à dézinguer quelques lapins illusoires avant de finir à la buvette du bon sens, où les boissons y sont plus fraîches et les chimères beaucoup moins chères.

 

 



6 commentaires

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ddillmann
il y a 2 jours
Noté 5 étoiles sur 5.

Merci de cette mise-à-jour, je poursuis l’abonnement avec joie. Diana

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Très reconnaissante! Merci infiniment! 💝

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denise.verdier7
il y a 3 jours

je ne peux que partager votre resenti et votre décision

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arber dominique
il y a 3 jours
Noté 5 étoiles sur 5.

Je crois , chère Isabelle , que votre lassitude et votre besoin légitime de prendre du recul ne seraient pas de même nature et de même intensité si la Médiacratie occidentale nous n'avait pas montré autant de Médiocrité et prouvé autant de compromissions et de lâchetés


Merci pour ces mots et pour votre courage depuis le début de cette " dernière " crise et son " éveil des consciences " qui tarde à se mettre en place


Dominique Arber

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Merci cher Dominique! L’aventure continue et on décolle! 😉

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estellemoriergenoud
il y a 3 jours

Quand les mots sont mûs par la lucidité du cœur ..... quand le cœur est mû par la lumière des yeux de l'enfance... quand l'enfance nous permettait de nous construire.... quand l'édifice a peu près stable en vient à être manipulé ... quand la manipulation nous oblige à stopper ce que l'on veut faire de nous.... quand nous regardons VRAIMENT qui nous sommes et avons en vie d'être.... alors l'être jubile d'un plaisir reconnaissant... quand la reconnaissance de Ce Qui Est Véritablement se dit, alors on se pose au milieu du pré en regardant le ciel... c'est ça la soixantaine ... on s'entend... sans temps est notre devise ... MERCI ... NicoleEstelle

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