Naufragé sur la Planète Terre: grand entretien avec Thierry Calleau, chercheur libre
- Isabelle Alexandrine Bourgeois

- il y a 2 jours
- 10 min de lecture
Difficile de faire entrer Thierry Calleau dans une case. Et c’est sans doute ce qui me plaît en lui et la raison pour laquelle j'ai souhaité l'interviewer. Je l’ai rencontré par hasard à Bordeaux il y a quelques semaines. Autodidacte assumé, dessinateur, plasticien, vidéaste et informaticien de formation, musicien et compositeur, réalisateur et passeur de contenus alternatifs, il est avant tout un chercheur de sens. Un citoyen engagé, libre de parole, qui observe le monde depuis plus de cinquante ans sans jamais se satisfaire des récits prémâchés. Nous avons échangé, à bâtons rompus, sur le «Bordel ambiant», comme il le dit lui-même.

Thierry n’appartient ni au sérail académique ni aux cercles militants classiques. Il avance à la marge, parfois à contre-courant, avec une constance de marathonien, celle de relier les points. Géopolitique, économie, agriculture, technologie, spiritualité, mythes anciens, récits contemporains… tout l’intéresse dès lors que cela permet de mieux comprendre les mécanismes de domination, mais aussi les chemins possibles de libération.
Il est notamment connu pour avoir conceptualisé ce qu’il appelle, non sans humour, le Décryptage du Bordel Ambiant (DBA): une posture intellectuelle et existentielle qui consiste à prendre de la hauteur face au bruit de fond chaotique apparent du monde, à refuser les évidences imposées et à interroger les zones les plus sombres sans peur d’être catalogué.
Dans un paysage médiatique souvent polarisé entre conformisme et indignation stérile, Thierry propose autre chose: penser, patiemment, librement, quitte à déranger.
Décryptage du Bordel Ambiant (DBA)
Le DBA n’est pas vraiment un concept, ni une méthode scientifique au sens strict. C’est une attitude intérieure. Une manière de regarder le monde sans lunettes idéologiques préfabriquées. Pour Thierry, le chaos actuel - crises économiques, guerres, effondrement agricole, perte de repères démocratiques - n’est pas un accident. Il est le produit d’un système arrivé à saturation. Mais plutôt que de chercher des coupables désignés, il invite à comprendre les logiques profondes à l’œuvre.
Le DBA repose sur quelques principes simples: ne pas confondre information et vérité, distinguer faits, récits et interprétations, accepter l’incertitude, croiser les sources, y compris les moins conventionnelles, et surtout, ne jamais abandonner son discernement.
«On ne cherche pas à convaincre, mais à ouvrir des portes», résume-t-il. Chaque hypothèse est une clé possible, pas une vérité gravée dans le marbre. Cette posture explique pourquoi ses analyses dérangent parfois: elles refusent le confort des camps, le manichéisme rassurant, la simplification excessive. Pour lui, la complexité n’est pas un problème à éliminer, mais un réel à habiter.
Sommes-nous encore en démocratie?
Sommes-nous encore gouvernés par des États souverains, ou par des intérêts économiques et financiers transnationaux qui échappent au contrôle démocratique? Sur ce point, nos entretiens convergent très nettement. Pour Thierry, la démocratie telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui en Europe occidentale relève davantage de la mise en scène que du pouvoir démocratique réel. Le citoyen est invité à voter, à s’exprimer dans un cadre balisé, mais dès que certaines paroles deviennent réellement subversives, les mécanismes de contrôle directifs se mettent en place.

«On fait croire aux gens qu’ils ont la parole. Mais dès qu’ils l’utilisent vraiment, on les fait taire , observe-t-il. Selon lui, la censure moderne ne prend plus la forme grossière de l’interdiction frontale. Elle est plus subtile: déréférencement, coupures de revenus, pressions fiscales, disqualification médiatique, procès dissuasifs. Un arsenal administratif et juridique suffisamment violent pour maintenir la majorité dans une autocensure confortable.
Il insiste sur un point: il ne s’agit pas nécessairement d’un complot centralisé (quoique …), mais d’un système de reproduction d’un pouvoir très ancien, qui se protège instinctivement. Les dirigeants politiques eux-mêmes seraient souvent sincères, persuadés d’agir librement, alors qu’ils évoluent dans un cadre extrêmement contraint, nourri par des conseillers invisibles et des intérêts supérieurs.
«Ceux qu’on voit sont souvent des acteurs. Le pouvoir réel est ailleurs, discret, hors champ.» Dans cette perspective, les États-nations perdent progressivement leur souveraineté au profit de structures transnationales - financières, industrielles, technocratiques - qui n’ont de comptes à rendre à personne. Le citoyen, lui, reste persuadé de vivre en démocratie, tant que le quotidien reste supportable. Une paix sociale minimale, un confort relatif, et surtout… beaucoup de distractions.
La guerre contre les paysans: l’autonomie alimentaire en ligne de mire.
Pourquoi ceux qui nourrissent les peuples sont-ils aujourd’hui asphyxiés économiquement et symboliquement? C’est sans doute le moment le plus chargé émotionnellement de notre entretien à découvrir prochainement sur ma chaîne youtube. L’actualité récente en Ariège, avec l’abattage massif de bovins sous prétexte sanitaire, agit comme un révélateur brutal.
Pour Thierry, ce qui se joue ici dépasse largement la question vétérinaire. Des animaux malades, rappelle-t-il, il y en a toujours eu. Autrefois, on isolait, on soignait, on observait. Aujourd’hui, on abat à grande échelle, dans une logique qu’il juge disproportionnée, anxiogène et profondément déshumanisée.

«On agit comme si la moindre maladie justifiait l’extermination. C’est absurde biologiquement… et violent symboliquement.» Mais au-delà du choc émotionnel, Thierry propose une lecture plus structurelle: l’effondrement programmé de l’autonomie alimentaire. Un paysan autonome est un citoyen difficile à contrôler. Il a de quoi se nourrir, se chauffer, transmettre un savoir-faire. En supprimant progressivement la petite paysannerie, on fabrique des sociétés totalement dépendantes des circuits industriels et logistiques centralisés. Il alerte aussi sur la concurrence internationale faussée, les accords commerciaux comme le Mercosur, les normes européennes inadaptées, et la pression administrative qui écrase les exploitations familiales. Résultat: découragement, faillites, suicides.
Quelles solutions, concrètement?
Sur ce point, Thierry refuse la posture victimaire. Il évoque plusieurs leviers: soutenir les circuits courts, consommer local, même sans label officiel, exiger des contre-expertises indépendantes lors des crises sanitaires, et surtout, réhabiliter le bon sens paysan face à la technocratie. Il insiste aussi sur le rôle de la société civile: sans soutien populaire, les paysans sont isolés. Sans paysans, les peuples sont vulnérables.
L’Europe: effondrement par incompétence ou soumission volontaire?
Pour Thierry Calleau, le projet européen repose sur une erreur de fond: vouloir créer une entité politique unifiée sans unité culturelle, linguistique ou historique réelle. Contrairement aux États-Unis, l’Europe est un patchwork de peuples, de dialectes, de mémoires, de blessures anciennes. «On a voulu fabriquer une Europe politique là où il n’y avait pas de peuple européen.»
À ses yeux, l’Union européenne s’est progressivement transformée en machine administrative hors-sol, gouvernée par des commissaires non élus, coupés des réalités locales. Plus grave encore: cette structure prélèverait énormément de ressources sans les redistribuer efficacement, tout en imposant des normes souvent déconnectées du terrain.
Il observe également ce qu’il appelle une sélection inversée des élites: moins un dirigeant est compétent et plus il est malléable, plus il a de chances d’accéder au pouvoir. Non par accident, mais parce qu’un dirigeant faible est plus facile à manipuler par ses “contrôleurs”.
Quelle alternative?
Thierry défend une idée ancienne mais redevenue audacieuse: l’Europe des régions. Des territoires culturellement cohérents, autosuffisants autant que possible, reliés entre eux par la coopération plutôt que par la contrainte. Il cite l’exemple de sa région, autour de Bordeaux: agriculture, viticulture, forêt, industrie de pointe, tourisme balnéaire … Une entité capable de fonctionner en relative autonomie si elle n’est pas asphyxiée par les prélèvements et les normes centralisées. Pour lui, l’Europe actuelle ne peut pas être réformée à la marge. Elle doit soit se transformer radicalement, soit accepter son échec.

Dette, monnaie et contrôle social: la nouvelle servitude.
La dette avec intérêt est-elle devenue l’arme de domination la plus efficace jamais inventée?
Sur ce point, Thierry est catégorique: la dette perpétuelle due aux banques centrales et organismes privés est le cœur du système de soumission moderne. Un État endetté est un État dépendant. Un citoyen endetté est un citoyen docile. Tant que l’argent est créé par des institutions privées, avec intérêt, les peuples travaillent mécaniquement pour rembourser plus que ce qui a été prêté.
Il fait le lien avec la montée en puissance de la monnaie digitale et des dispositifs de traçabilité: sous couvert de modernité et de sécurité, se dessinerait un monde où chaque acte de consommation dématérialisé pourrait être conditionné à un bon comportement.
«L’autonomie alimentaire, énergétique et monétaire, ce sont les trois piliers de la liberté. Si vous perdez les trois, vous êtes sous contrôle.»
Techniquement, tout est déjà en place, tous les outils sont opérationnels. Reste la question centrale: qui décide de leur usage?
Guerres modernes: valeurs proclamées ou prédation stratégique?
Les guerres contemporaines sont-elles idéologiques ou fondamentalement liées au contrôle des ressources et des flux? Sur ce point, Thierry développe une lecture historique récurrente: les guerres sont rarement ce qu’elles prétendent être.
La guerre en Ukraine, comme d’autres conflits récents, est présentée dans l’espace médiatique comme une lutte morale entre le bien et le mal, la démocratie contre l’autoritarisme. Or, selon lui, cette narration masque des enjeux beaucoup plus prosaïques: ressources énergétiques, positions géostratégiques, affaiblissement économique de concurrents, maintien d’alliances industrielles et militaires, voire des luttes bien plus occultes et plus sombres …
Il rappelle que l’histoire moderne est jalonnée de conflits déclenchés sur la base de prétextes fabriqués ou exagérés, révélés parfois des décennies plus tard par des documents déclassifiés: incidents montés de toutes pièces, attaques attribuées à l’ennemi, manipulations de l’opinion publique (Le Lusitania, Pearl Arbor, le 11 septembre ) …
«Une fois que la guerre est lancée, on ne revient jamais en arrière. Elle nourrit trop d’intérêts.»

Dans cette perspective, la guerre devient une machine autonome, qui alimente à la fois la peur collective, l’économie de l’armement, la dette publique et le contrôle social. Le citoyen, lui, est sommé de choisir un camp, sous peine d’être accusé de trahison morale.
Thierry souligne un point central: la division permanente des peuples est une stratégie en soi. Tant que les populations se déchirent intérieurement sur des lignes idéologiques, elles ne questionnent pas les structures profondes qui organisent ces conflits.
Existe-t-il une élite qui contrôle le monde?
Sommes-nous face à une élite consciente qui dirige tout, ou à un système déshumanisé qui échappe même à ses propres serviteurs? C’est ici que la parole de Thierry Calleau devient plus spéculative et il le reconnaît explicitement. Il ne parle pas de certitudes, mais de grilles de lecture, construites à partir de convergences historiques, économiques et symboliques.
Selon lui, le pouvoir réel n’est plus concentré uniquement dans les institutions visibles. Les dirigeants politiques, économiques ou religieux seraient souvent des exécutants, convaincus d’exercer une autorité, alors qu’ils agiraient dans un cadre déjà verrouillé.
Il évoque l’existence de grandes familles, de réseaux anciens, jamais exposés médiatiquement, dont l’influence serait surtout financière, juridique et idéologique. Mais plus encore, il insiste sur une idée clé: le système aurait fini par dépasser ses propres architectes.
«Même ceux qui croient diriger sont parfois pris dans quelque chose qui les dépasse.»
Autrement dit, il ne s’agirait pas uniquement d’individus mal intentionnés, mais d’un système auto-reproducteur, fondé sur la croissance infinie, la prédation des ressources et la peur comme moteur de gouvernance. Ce que révèlent les nouveaux documents de l'affaire Epstein publiés par la justice américaine va dans ses sens.
Forces non humaines: lecture littérale, symbolique ou archétypale?
Quand Thierry évoque des forces non humaines, de quoi parle-t-il réellement?
C’est sans doute la partie la plus délicate de l’entretien. Thierry insiste: ces hypothèses peuvent être lues à plusieurs niveaux: au niveau littéral, il s’appuie sur des récits exopolitiques, des traductions littérales de textes anciens sacrés par Mauro Biglino, et des témoignages enregistrés lors des Rencontres Galactiques. Ces récits évoquent des civilisations non humaines très puissantes, des interventions anciennes, des lignées hybrides - les fameux dieux ou demi dieux de l’antiquité.

Mais au niveau symbolique, ces récits décrivent surtout des états de conscience: prédation versus coopération, domination versus empathie, contrôle versus liberté intérieure.
«Les forces involutives, ce sont avant tout des modes de fonctionnement sociopathiques.»
Dans cette lecture, parler de “parasites” ou de “prédateurs” ne désigne pas nécessairement des entités extérieures, mais des structures psychiques et sociales, tangibles ou invisibles, qui se nourrissent de nos peurs, de nos souffrances et divisions. Plus une société génère d’angoisse, plus ces structures prospèrent. On les appelle parfois “égrégores” ou “formes pensées”.
Il met en garde contre un danger majeur: externaliser le mal. Chercher un ennemi extérieur absolu empêche toute responsabilité intérieure. Pour lui, le véritable combat n’est pas contre des figures mythiques, mais contre ce qui, en nous et dans nos sociétés, accepte la soumission par confort ou par peur.
Énergie, fréquences, musique: quand la matière répond à la conscience.
Thierry revient à plusieurs reprises sur un thème rarement traité dans le débat public: la dimension énergétique du vivant. Graphiste de formation et musicien de sensibilité, il établit des ponts entre la physique, la biologie, la musique et la conscience. Selon lui, notre civilisation a réduit le monde à une mécanique morte, oubliant que tout - absolument tout - est vibration, fréquence, information.
Il évoque les travaux de Nikola Tesla, les recherches marginalisées sur l’énergie libre qui baigne tout le cosmos - le fameux Ether ou Phryll - mais aussi l’impact des fréquences artificielles sur le vivant. Télécommunications, ondes électromagnétiques, pollution vibratoire : autant de facteurs qui mériteraient selon lui une évaluation indépendante et honnête.
«Chaque nouvelle technologie basée sur l’émission d’ondes modifie l’environnement électro-magnétique et vibratoire du Vivant. La question n’est pas de refuser le progrès, mais de comprendre ce qu’il fait au Vivant et d’y apporter les correctifs harmonisant l’ensemble.»
La musique, dans cette perspective, n’est pas un simple divertissement. Elle est un vecteur vibratoire de réinformation, capable de réharmoniser, de calmer, d’élever. Thierry rappelle que de nombreuses civilisations anciennes utilisaient le son comme outil thérapeutique, spirituel et social. Il y voit un contrepoint essentiel à un monde saturé d’images et de bruit : retrouver le sensible, le rythme, l’écoute. Le Sens de la Vie.

Aucun sauveur extérieur ne viendra. La souveraineté intérieure est La clé.
C’est sans doute le message central de Thierry Calleau. Malgré ses références à des hypothèses exopolitiques ou à des récits non conventionnels, il est catégorique sur un point: aucun sauveur ne viendra de l’extérieur. Ni politique providentiel, ni technologie miracle, ni entité supérieure. Même si ces entités existent, elles connaissent la Directive Première, et la Loi de Non Intervention: nous, les civilisations belliqueuses et adolescentes devons grandir par nous mêmes et acquérir la vision, et la sagesse qui en découle. Le travail est intérieur. Toujours...
Il insiste sur le danger de la délégation de responsabilité. Attendre un sauveur extérieur - quel qu’il soit - revient à abandonner sa souveraineté personnelle. Or, pour lui, la conscience humaine possède une particularité rare: la capacité de discernement individuel, de choix, de transformation.
Cette souveraineté intérieure commence par des gestes simples: reprendre la responsabilité de son information, sortir de la peur permanente, cultiver l’autonomie, même partielle, recréer du lien réel, refuser la division systématique, et surtout cultiver la Joie et l’Espérance.
Il rejoint ici une intuition partagée par de nombreuses traditions spirituelles: la véritable libération n’est pas collective avant d’être individuelle. Une masse critique d’individus conscients transforme naturellement le champ collectif.
Sortir par le haut
Cet entretien croisé avec Thierry Calleau ne propose ni vérité ultime, ni solution clé en main. Il offre autre chose, peut-être plus précieux: un espace de respiration intellectuelle dans un monde saturé de récits anxiogènes. Certaines hypothèses avancées dérangent, d’autres interrogent, d’autres encore relèvent du symbolique ou du mythologique. Peu importe, au fond, qu’on y adhère ou non.
L’essentiel est ailleurs: oser penser, sans peur d’être catalogué, oser relier les points, oser remettre en question ce qui semblait intangible. Dans un monde fragmenté, polarisé, violenté par ses propres excès, Thierry invite à une posture rare pour un citoyen ordinaire: la verticalité. Ni fuite spirituelle, ni révolte aveugle, mais un ancrage lucide, conscient, responsable. Peut-être que “sortir par le haut” ne signifie pas échapper au chaos, mais le traverser sans s’y perdre. En restant souverain. En restant humain.





Merci de cet article très intéressant.