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Quand tout devient faux, le vrai devient révolutionnaire!

il y a 4 heures
6 min de lecture

Et si l’intelligence artificielle nous offrait une occasion inespérée de redevenir humains?

Dans cette vidéo, je change de visage comme de chemise. Je me suis amusée à devenir tour à tour une marquise, moi dans 30 ans, en bonne suissesse des montagnes et en Jeanne D'Arc. Et pourtant, c'est bien moi qui vous parle!



Bienvenue dans ce monde merveilleux où l'on peut désormais tout fabriquer, tout falsifier, faire dire n'importe quoi à n'importe qui! De quoi s'affoler? Pas du tout! Car derrière cette gigantesque mascarade technologique se cache pour moi une formidable invitation: celle de retrouver notre intelligence du cœur, notre discernement et cette mystérieuse dimension de l'être humain qu'aucune machine ne saurait reproduire à l'identique.

Je peux désormais changer de sexe, d'âge, de visage, d'époque et même d'espèce sans quitter mon fauteuil. Me transformer en impératrice, en grand-mère, en suisse-allemande ou en chimpanzé savant. Et tout cela en continuant à vous raconter des histoires avec le plus grand sérieux du monde. Avouez que c'est jubilatoire! Mais le problème n'est pas que je puisse me transformer en singe ou en Marie-Antoinette. Le problème, c'est que demain, un singe pourrait parfaitement se faire passer pour moi! Et que vous n'y verriez que du feu.


Le grand bal des imposteurs

Ce qui relevait hier de la science-fiction s'invite désormais dans nos salons, nos téléphones, nos journaux et jusque dans les théâtres de guerre. On le voit déjà largement sur les annonces youtube: des médecins parfaitement crédibles ou des maître de Qi Gong centenaires vantent des cours ou des remèdes miraculeux pour nous rendre une jeunesse éternelle. Des célébrités, à l'identité usurpée, recommandent des produits qu'elles n'ont jamais utilisés. Des journalistes présentent des reportages qu'ils n'ont jamais réalisés. Et des personnages publics prononcent avec une assurance désarmante des discours qu'ils n'ont jamais tenus.


Ce ne sont pas de simples hypothèses. En mars 2022, un faux Volodymyr Zelensky apparaît sur les écrans pour annoncer la défaite de son armée et exhorter ses soldats à déposer les armes. Un discours qu'il n'a jamais prononcé. Deux ans plus tard, c'est la voix de Joe Biden que l'on fabrique de toutes pièces pour inciter des électeurs américains à ne pas se rendre aux urnes. Autrefois, il fallait censurer un chef d'État pour le faire taire. Aujourd'hui, il suffit de lui inventer un discours pour le faire parler!


En janvier 2025, l'organisation Africa Check révélait que des vidéos truquées usurpaient notamment l'image de la chanteuse Angélique Kidjo pour promouvoir un prétendu remède contre les douleurs articulaires. Une autre enquête, publiée par l'AFP en juin 2024, montrait comment l'image d'un scientifique avait été détournée pour vendre un produit présenté comme capable de soigner des maladies cardiovasculaires.


Même les guerres se dotent désormais de leurs propres effets spéciaux. En décembre 2024, l'AFP démontrait que des vidéos montrant des villes israéliennes ravagées par des bombardements, prétendument menés par plusieurs pays du Moyen-Orient, avaient été fabriquées avec une intelligence artificielle.


En juin 2025, BBC Verify identifiait de fausses vidéos de frappes sur Tel-Aviv et des images artificielles exagérant les succès militaires iraniens. Trois de ces vidéos avaient cumulé plus de 100 millions de vues.


Et en mars 2026, de nouvelles images spectaculaires circulaient : le Burj Khalifa de Dubaï en flammes, des destructions militaires imaginaires, de fausses photographies satellitaires. Autant de créations numériques présentées comme des témoignages du réel.


Pendant ce temps, les véritables victimes, elles, continuent de mourir pour de bon.

Voilà qui donne le vertige. Hier, on disait qu'une image valait mille mots. Aujourd'hui, mille images ne suffisent plus à prouver quoi que ce soit. Et le plus inquiétant n'est peut-être même pas de croire à ce qui est faux. C'est de finir par douter de ce qui est vrai.

Car lorsque tout devient suspect, le mensonge n'a même plus besoin de convaincre. Il lui suffit de semer le doute.


Une aubaine pour nos neurones et notre sixième sens

Inutile cependant de partir vivre dans une grotte avec une bougie, trois chèvres et une machine à écrire pour échapper à l'intelligence artificielle. Parce que cette technologie offre des perspectives créatives, scientifiques et pédagogiques extraordinaires. L'IA peut nous aider à comprendre, à traduire, à chercher, à inventer, à soigner, à créer. Elle peut nous faire gagner un temps précieux et libérer du temps pour vivre "vraiment". À condition, bien sûr, de ne pas lui abandonner notre cerveau.


Ce qui est intéressant, ce n'est pas tant ce que cette intelligence artificielle va devenir.

C'est ce qu'elle va nous obliger à (re)devenir. Car nous voici confrontés à une question essentielle: si une machine peut imiter notre visage, reproduire notre voix, écrire nos livres, composer nos musiques et donner l'illusion de nos émotions, qu'est-ce qui constitue encore notre singularité?


Notre présence... Notre conscience de nous-mêmes... Notre faculté à nous relier intimement au vivant, de plonger notre nez sur une rose, de pressentir un épisode joyeux ou douloureux, d'avoir des papillons amoureux dans le ventre. Voilà un territoire que les performances techniques ne suffisent pas à conquérir.


L’Homme a créé une machine à son image. Il lui reste maintenant à découvrir qui il est.                                   Dessin: Isabelle A. Bourgeois
L’Homme a créé une machine à son image. Il lui reste maintenant à découvrir qui il est. Dessin: Isabelle A. Bourgeois

Le retour en fanfare du vivant

L'humanité est en train de faire un immense détour technologique pour redécouvrir une évidence vieille comme le monde: nous avons besoin les uns des autres. Pas seulement pour échanger des informations, mais pour nous rencontrer, nous regarder dans les yeux, nous rendre service et simplement pour se faire plaisir. Entendre une voix qui tremble, sentir une main se poser sur notre épaule. Sauter dans les bras de son papa à son retour du travail. Se lécher les doigts après les avoir passé dans le bol de mousse au chocolat.


Nous avons besoin de ces conversations qui n'aboutissent à rien de rentable, de ces repas qui s'éternisent sur de long "blabla", de ces rencontres imprévues qui bouleversent une existence. De la chaleur d'une peau, d'un éclat de rire incontrôlable, ou d'une émotion qui surgit sans prévenir. Et de cette faculté mystérieuse que nous possédons parfois de sentir qu'une personne ne va pas bien alors même qu'elle nous assure du contraire.

Il existe une intelligence de la relation qui ne se réduit ni aux mots ni aux données.

Nous l'appelons intuition, empathie, sensibilité, perception subtile. Une machine peut reconnaître les signes de la tristesse, produire les mots du réconfort, imiter une voix aimante. Cela ne démontre pas qu'elle éprouve la compassion qu'elle exprime. Notre plus grande révolution sera peut-être intérieure.


Pendant des décennies, nous avons cherché à développer notre intelligence intellectuelle, notre productivité, notre efficacité, notre capacité à contrôler notre environnement.

Et si le temps était venu de cultiver davantage ce que nous avons trop longtemps laissé en friche? Notre discernement. Notre liberté et notre noblesse intérieure. Notre sensibilité. Notre courage moral. Notre capacité à faire silence, à observer nos pensées, à reconnaître nos peurs et à ne plus nous laisser gouverner par elles.

À distinguer ce que nous savons de ce que nous croyons. Ce que nous percevons de ce que nous projetons. Ce qui vient de notre conscience de ce qui nous a été inculqué. Car l'intuition n'est pas l'ennemie de la raison. Elle ne dispense ni de vérifier les faits ni de confronter nos convictions à la réalité. Elle peut, en revanche, nous inviter à chercher plus loin, à écouter plus attentivement, à élargir notre regard. Le véritable défi n'est donc peut-être pas de fabriquer des machines toujours plus humaines, mais de devenir nous-mêmes toujours plus profondément humains.

Quand le faux nous ramène au vrai

Notre avenir est délicieusement paradoxal. Un monde où les images seront devenues si faciles à fabriquer que nous aurons de nouveau envie d'aller voir les choses par nous-mêmes. Je me surprends moi-même à ressortir mes albums de photos avec émotion ou à revoir les bons vieux films avec des effets spéciaux grossiers et cousus de fils blancs. Il fut un temps où Georges Méliès nous envoyait magistralement sur la Lune avec trois bouts de carton, quelques décors peints et une imagination débordante. Personne n'était dupe, mais tout le monde était émerveillé. Et King Kong (1933), dont le gorille géant était une marionnette animée image par image. Un véritable chef-d'œuvre de bricolage et d'ingéniosité humaine! Quelle joie aussi de tomber miraculeusement sur un être humain lorsque l'on appelle une entreprise de service, qui habituellement nous fait taper "1,2,3,4" pour tomber sur une horrible voix synthétique qui nous renvoie à la case départ!


Aujourd’hui, nous nous émerveillons devant un robot qui imite l’être humain ou une intelligence artificielle capable de reproduire la réalité à la perfection. Nous applaudissons une machine qui parvient à imiter la vie, tandis que la vie elle-même, dans son insondable perfection, ne nous arrache même plus un regard. À croire que le miracle ne nous intéresse que lorsqu'il est fabriqué! À force de nous extasier devant les prouesses de l’artificiel, nous en oublions le prodige de l’original.


Or, grâce à l'IA, nous comprendrons enfin que la vérité n'est pas seulement quelque chose que l'on regarde sur un écran. C'est aussi tout ce que l'on cherche, que l'on éprouve, que l'on confronte et que l'on vit.


L'intelligence artificielle nous tend un miroir extraordinaire. À nous de décider si nous voulons nous laisser hypnotiser par nos reflets ou nous en servir pour regarder en soi.

Car le plus grand danger n'est pas qu'une machine finisse par ressembler à un être humain. C'est qu'un être humain finisse par vivre comme une machine. Et si, finalement, cette révolution technologique était la plus belle occasion qui nous ait jamais été offerte de retrouver notre âme ?



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