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Quand les murs d'une maison alchimique parlent

17 juil. 2024
7 min de lecture

Dernière mise à jour : 18 juil. 2024

Dans mon road-trip en Italie, on m'a indiqué une petite maison dans la montagne qui valait le détour. Je n'ai non seulement découvert une lieu aussi original qu'intrigant, mais aussi une femme intéressante qui a osé imaginé ce qu'un alchimiste aurait entrepris au temps du Covid.


Mon voyage m'a guidée vers une authentique maison alchimique, une demeure spectaculaire du XVIe siècle, à Valdenogher di Tambre. J'ai été reçue par la chaleureuse conservatrice de cet énigmatique petit musée, Loredana Stiletto (photo ci-dessous), une belle Italienne passionnée d'alchimie, éducatrice sportive et oenologue professionnelle. Elle est propriétaire d'une vinothèque qui est devenue le grand rendez-vous au bar de Tambre. Loredena Stiletto m'a expliqué que la "Casa Museo dell'Alchimista" attirait des visiteurs authentiques et de véritables initiés, intrigués par la beauté de sa façade d'une part, mais aussi pour les hautes vibrations, "toujours à l'oeuvre dans la maison". "Un jour, l'un de ces visiteurs se promenait dans la maison avec un appareil de mesure énergétique et il m'a surprise en me disant que la maison était toujours "vivante", plusieurs siècle après la disparition de l'alchimiste qui l'occupait." La demeure était presque en ruine avant d'être restaurée grâce à un financement européen qui a permis d'aménager l'édifice et d'ouvrir ses portes au public en 2006.Malheureusement, il n'existe pas d'informations claires sur l'origine de cette maison, ni sur sa construction. Un document ancien certifie l'achat de la maison au XVIIIe siècle par un noble de Vittorio Veneto nommé Alessandro Bortoluzzi, qui a partiellement modifié les espaces intérieurs pour les besoins probables de la famille. Il est à l'origine de la branche de la famille Bortoluzzi connue sous le nom de "Lissandri", qui a habité la maison jusque dans les années 1960.

Avant lui, son ancien propriétaire aurait été un noble condamné à mort à Alexandrie en Égypte pour pratiques alchimiques et qui avait trouvé refuge, grâce à l'intervention de la République de Venise, directement dans la région. Loredana Stiletto m'explique que le voisinage aurait brûlé et détruit tout ce qui appartenait à l'alchimiste dont ils avaient peur et qu'ils avaient pris pour un sorcier. Après quoi, plusieurs familles ont habité la demeure et ont continué à faire du feu dans le four fabriqué par lui. En effet, les murs, surtout ceux du rez-de-chaussée, sont noircis par la suie provenant des cheminées domestiques utilisées, dit-on, par l'ancien propriétaire pour ses mystérieuses préparations. "Lors des travaux de restauration entrepris à la fin des années 1980 par le Ministère du Patrimoine et des Activités culturelles de Vénétie, la principale préoccupation était d'éviter que la maison ne tombe en ruines, laissant de côté la recherche historique, explique Loredana. Ce qui est certain, c'est qu'il s'agit du bâtiment le plus ancien de la commune d'Alpago (région du nord-est de l'Italie), un bâtiment qui, d'un point de vue architectural, n'a rien à voir avec l'architecture historique locale, composée de maisons beaucoup plus simples et plus petites. Le plan et la façade révèlent un style qui rappelle les demeures de l'arrière-pays vénitien de la fin de la période gothique et de la Renaissance (entre 1400 et 1500). Le symbolisme alchimique évoqué par la façade, véritable page à lire, est également certain." Une façade comme un livre d'Histoire La Maison est construite sur trois étages qui correspondent aux trois phases du processus alchimique : nigredo (noirceur), albedo (blancheur) et rubedo (rougeur) et les trois arcs surbaissés sont soutenus par quatre colonnes représentant les quatre éléments : l'eau, l'air, la terre et le feu. La pièce-maitresse de cette petite maison insolite est incontestablement sa remarquable façade, enrichie d'un bas-relief décoratif en pierre tout à fait singulier, avec ses nombreux symboles alchimiques.

La façade au rez-de-chaussée illustre la phase du nigredo. Le nigredo, est un terme latin qui signifie "noir" ou "noirceur. Il désigne la phase de la calcination du Grand Œuvre, c'est-à-dire l'étape initiale dans le chemin de création de la pierre philosophale, celle de la putréfaction et de la décomposition de nos scories intérieures. L'athanor, le cuiseur alchimique, se trouve à ce niveau, car c'est à ce stade que les substances impures et nos démons intérieurs doivent être dissouts.

Au premier étage, on trouve les symboles de l'albedo, terme latin signifiant "blancheur". L'albédo permet de transformer le plomb en argent, intervenant dans la phase suivant la dissolution de la matière, la recomposant en une synthèse supérieure, selon la devise alchimique "solve et coagula". Il représente l'aube et la renaissance, parfois symbolisée par une femme ou une rose blanche.

Au deuxième étage, on découvre les symboles du rubedo, du latin pour "rougeur". Il représente la phase finale du grand œuvre, le processus alchimique de transformation. Ce terme symbolise l'accomplissement et la perfection de la transmutation, souvent associée à la création de la pierre philosophale. Cet étage, m'explique Loredana Stiletto, représente la relation entre le microcosme et le macrocosme, entre ce qui est en haut et ce qui est en bas. Le rubedo est le passage à la lumière de "l'or spirituel", la sublimation de l'âme libérée de tout élément corporel, le travail accompli. Le phénix renaît de ses cendres. Le visage de l'alchimiste sculpté en haut au centre de la façade représente très probablement sa carte de visite, car tout bon alchimiste doit faire savoir qui vit dans sa maison.


Quant à l' exposition elle-même, elle reste encore modeste. Le musée n'en est qu'à ses débuts. Mais elle met en valeur, à travers la présentation d'objets choisis, des concepts, des savoirs et des idées alchimiques qui éveillent certainement notre curiosité. Loredana est fière des heureux développements que connaît son musée. Elle a même réussi à créer la première "Semaine de l'Alchimie" du 12 au 18 août, à Valdenogher, en présence de plusieurs artistes et conférenciers (voir affiche ci-dessous).


Un reportage en accès libre sera publié lundi 22 juillet.




Comment un alchimiste aurait-il vécu au temps du Covid J'ai demandé à Loredana Stiletto en quoi la pratique de l'Alchimie pourrait être plus utile et actuelle que jamais? "Transformer matériellement du plomb en or pour augmenter notre compte en banque me semble être une opération hors de propos et dépassée ! Mais s'enrichir spirituellement en se transformant - comme on le disait autrefois - en "êtres de lumière", en se chargeant d'énergie positive, est une approche que chacun d'entre nous peut envisager à tout moment et en tout lieu. Nous devons devenir des alchimistes de nous-mêmes : apprendre à reconnaître et à distinguer le bon serpent du mauvais, ce qui élève de ce qui rabaisse. Nous devons apprendre à lire scrupuleusement ce qui se cache derrière le langage illusoire de la réalité, constamment utilisé pour nous éloigner de la vérité et de la justice. Les alchimistes savaient que le négatif et le positif sont deux forces cosmiques indispensables et complémentaires. Si elles ne l'étaient pas, la vie n'existerait pas. Nous devons apprendre à maîtriser et à transformer la partie sombres de nos existences, afin de vivre en harmonie avec les cycles naturels de la vie. L'alchimiste est souvent représenté comme un marcheur dans la nuit, avec une lanterne à la main, à la recherche de la vérité et de la sagesse."


Qu'est-ce qu'un alchimiste nous aurait conseillé pendant la période Covid, selon vous? "L'alchimie cherche à combattre la misère et la maladie. Je l'imagine donc essayant de contrer cette négativité par la positivité que seule la nature peut apporter. J'aime à penser qu'il aurait cherché des substances naturelles, transformées en laboratoire en remèdes utiles pour renforcer nos défenses immunitaires. Il aurait essayé de dissiper les peurs auprès de l'opinion publique et non de les alimenter. Il aurait essayé de guérir les gens en leur donnant de sages conseils et de bonnes pratiques d'hygiène à suivre. Personne n'aurait empêché quelqu'un aussi libre qu'un alchimiste à soigner les malades, contrairement aux médecins pendant le Covid, dont beaucoup refusaient de soigner leurs patients! "


Je reste sur cette époque du Covid, car elle est profondément révélatrice des temps que nous traversons. Selon vous, comment un alchimiste aurait-il vécu la campagne/propagande planétaire en faveur de la "vaccination"? "Je ne peux pas imaginer un alchimiste faire la queue devant une clinique pour se faire percer la peau avec un sérum antigénique créé en laboratoire ! En accord avec une philosophie de vie centrée sur une relation profonde avec la nature, je suis convaincue qu'un véritable alchimiste ne serait jamais tombé dans le piège dans lequel la plupart des gens se sont laissés entraîner par confiance dans les représentants des autorités, qu'elles soient politiques, religieuses ou médicales, ou par ignorance. Pire encore, par peur d'être considérés comme des pestiférés, comme à l'époque de la grande peste noire. Un alchimiste aurait immédiatement compris que la pandémie et ses conséquences ne pouvaient être que le résultat d'une volonté humaine malveillante, générant beaucoup de souffrance, donc suspecte et donc à rejeter catégoriquement!"


Que pensez-vous de l'époque intense et mouvementée que nous vivons actuellement sur Terre? Le soleil et la lune, le Bien et le Mal, la lumière et l'ombre, la santé et la maladie sont interdépendants: l'un sans l'autre n'existe pas et chacun fait vivre l'autre. Je vois deux forces cosmiques égales et opposées, fluides et mobiles. La prévalence de l'une ou de l'autre, aussi bien dans notre petit monde personnel que dans des dimensions plus vastes de la réalité, crée la mort et la vie. La haine personnelle contre quelqu'un ou quelque chose est une mort, tout comme une guerre, une loi qui comprime la liberté ou la destruction de la nature. Mais en elles-mêmes, ces deux situations peuvent stimuler et nourrir la Vie et l'Amour. C'est ce que nous devons cultiver aujourd'hui. Je crois que la reconnaissance et l'acceptation de ce contraste constant à l'intérieur et à l'extérieur de nous, particulièrement exacerbé en ces temps compliqués, peut nous montrer le chemin vers notre pierre philosophale, notre phénix. Aujourd'hui, les foyers touchés par la mort sont planétaires. Ce ne sont plus des épiphénomènes localisés. Et la tentative du "serpent maléfique" d'occuper un territoire toujours plus grand est redoutable. Il essaiera, comme toujours, de s'étendre en s'appropriant des plus belles découvertes, au départ supposées améliorer la qualité de vie de tous, en les réduisant à l'état de marchandises, gagnant ainsi toujours plus de pouvoir. Nous devons en être conscients, essayer de bien nous informer, de donner le bon exemple, d'étudier la Sagesse et de nous engager à la transmettre, afin d'éviter que les nouvelles générations ne tombent "volontairement" dans ces nouvelles prisons. La période actuelle est particulièrement propice pour nous inciter à nous redresser pour la vie ! Propos recueillis par Isabelle A. Bourgeois La Casa Museo dell'Alchimista



Photo ci-dessous réalisée par le Musei e Siti dell'Alpago e del Cansiglio






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