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«The rocky horror picture show», un vortex pour les démons?

En 1975, un film étrange, bricolé entre glamour décadent et théâtre gothique, surgit dans un monde encore bercé par l’illusion de l’innocence culturelle. D’abord un flop, « The Horror Picture Show » triomphe ensuite lorsque les projections de minuit transforment les spectateurs en participants, la fiction en rituel, la transgression en folklore. A en croire le conférencier et auteur germanophone Michael Birnthaler dans sa dernière vidéo, Jeffrey Epstein se serait vanté d’avoir dansé à 27 ans le diabolique «Time Warp», scène mythique du film, présenté comme une danse qui permettrait de faire un saut dans le temps. Cette expérience l’aurait profondément changé. Coïncidence ou signe évident d’un imaginaire collectif qui, lentement, a appris à danser avec l’ombre jusqu’à ne plus la reconnaître? Et si, pendant 40 ans,  derrière son côté potache, «The rocky horror picture show» avait lentement contribué à la propagation du mal?



Michael Birnthaler analyse ce film "culte" (c'est le cas de le dire) à la lumière de Rudolf Steiner et donne une piste aussi troublante qu’originale sur la possible origine des prédateurs humains. Pour lui, The Rocky Horror Picture Show (aux lettres sanglantes) ne fonctionne pas seulement comme un divertissement, mais agirait comme une pédagogie culturelle de l’inversion.


The Rocky Horror Picture Show est une adaptation cinématographique du spectacle musical de Richard O’Brien. Le décor est simple, presque caricatural: Brad et Janet, jeunes fiancés sages et candides, quittent une église, tombent en panne par une nuit d’orage, et trouvent refuge dans un château illuminé au milieu de nulle part.



À l’intérieur, un maître des lieux extravagant, Frank-N-Furter, se présente comme un scientifique venu de Transylvanie. Dans son laboratoire souterrain, il crée un homme artificiel, Rocky, parfait, jeune, sculptural. La nuit bascule ensuite dans la fête, la violence, le grotesque et surtout dans le Time Warp, une transe/danse collective.


À peine diffusé, le film est sur le point de tomber dans les oubliettes du cinéma. Puis quelqu’un décide de le projeter dans une salle de cinéma à New York à minuit. Et son histoire bascule presque instantanément. Le public arrive déguisé, chante, mime les scènes, lance de l’eau, du riz, des confettis. Le film n’est plus regardé, il est vécu jusque dans les tripes. Et l’échec devient un culte mondial. Depuis 1976, le film est projeté en continu quelque part dans le monde à minuit, record absolu de longévité au cinéma.



Mais selon Birnthaler ce succès aurait ouvert une brèche, un portail interdimensionnel par lequel l’ombre se serait glissée furtivement dans l’esprit des Hommes pour l’anesthésier au mieux, en faire son assistant au pire.


Dans son analyse, Michael Birnthaler insiste sur un point: ce qui transforme un imaginaire en force réelle, ce n’est pas seulement ce qu’il montre, mais comment il est intégré. Le spectateur entre dans la scène, se déguise, s’identifie, participe. La frontière entre fiction et expérience se dissout. Et dans ce glissement, l’ombre cesse d’être seulement représentée: elle devient familière, amusante, acceptable. Pour Birnthaler, la banalisation commence toujours par le rire.


Le château: anti-Graal et séduction de l’ombre

Le conférencier allemand lit la structure du film comme un mythe inversé. Le cœur de son analyse, c’est le récit même du film, qu’il lit comme une anti-liturgie. Birnthaler pointe l’inversion: ce château serait une zone d’anti-Graal, un territoire d’attraction qui n’élève pas mais aspire. Les personnages y entrent comme Adam et Ève entrant dans un jardin… sauf qu’ici le jardin est une parodie, une mise en scène, un piège.



Ils y rencontrent Riff Raff et Magenta, frère et sœur incestueux (tiens, tiens), gardiens du seuil, dont la relation est volontairement ambiguë, dérangeante et transgressive. Puis Frank-N-Furter (Tim Curry), descendant du haut dans un ascenseur, à l’image de Lucifer, l’ange déchu. Il se présente comme “sweet transvestite from Transylvania”, et c’est là que Birnthaler souligne un autre détail: la Transylvanie, le territoire de Frankenstein, l’imaginaire du corps recomposé, le laboratoire, le vivant fabriqué. Frank-N-Furter incarne un personnage volontairement androgynique, transgressif et théâtral qui nous rappelle évidemment l’idéologie transgenre et ses porte-jarretelles. La comédie musicale originale et le film étaient des décennies en avance sur leur temps en célébrant le monde LGBT, dont l’acceptation socio-politique de ce concept ne viendra que bien des années plus tard. Pour Birnthaler, le film ne montre pas seulement la transgression: il la rend désirable.


Le laboratoire: fabriquer l’homme parfait

La naissance de Rocky, être artificiel, parfait, puissant, éternellement jeune, est au cœur de sa lecture. Le corps fabriqué, la vie manipulée, la promesse d’une perfection post-humaine: autant d’archétypes qui annoncent le rêve transhumaniste contemporain. Le laboratoire de Frank-N-Furter devient, dans cette grille, le symbole d’une volonté humaine détachée de la conscience et qui rêve d’immortalité.


Et c’est ici que Michael Birnthaler relie le mythe au réel. Epstein, lui aussi, avait construit sur son île, un temple et un souterrain. Dans son ranch aussi où il aurait financé des recherches scientifiques pour assouvir l’obsession de son clan pour la longévité, dans un monde fermé, où la vie humaine semblait traitée comme de la matière première et un objet d’expérimentations.


Le Time Warp: rupture et passage

La danse la plus célèbre du film, répétée trois fois, occupe une place particulière dans l’analyse de Birnthaler. Le Time Warp n’est pas une simple chorégraphie. Il est présenté comme un passage, une rupture avec la linéarité du temps, un moment de transe collective.


Selon le chercheur allemand, Jeffrey lui-même aurait déclaré qu’il n’était plus le même après avoir exécuté cette danse. Devons-nous reconnaître le pouvoir des symboles lorsqu’ils s’inscrivent dans la conscience collective ?



La banalisation par le grotesque

Le film franchit ensuite un seuil plus sombre qui rappelle étrangement les témoignages des survivantes des viols et des rituels sataniques pratiquées par certains puissants. Il glorifie, sous couvert d’humour, la violence, le meurtre et le cannibalisme. Présentés sous une forme grotesque, ces actes orduriers deviennent sympathiques.


Birnthaler y voit un mécanisme ancien: l’endurcissement progressif par l’exposition répétée. Lorsque l’horreur devient spectacle, de plus, rigolo, elle perd son pouvoir d’alerte. Elle devient décor.


Et ce glissement culturel prépare, selon lui, un terrain où certaines formes d’ombre deviennent pensables, tolérables, parfois imitables. Non parce que le film crée le mal, mais parce qu’il participe à la formation d’un climat psychique propice à générer le mal.


La fenêtre d’Overton: la normalisation par étapes

Le succès du film illustre parfaitement la logique de la fenêtre d’Overton. Rien n’est imposé brutalement. La transgression est introduite par l’humour, l’esthétique, la participation. Au fil des années, projection après projection, de Londres à New York en passant par e laboratoire devient fantasme scientifique. La transgression devient carnaval. L’inversion devient folklore. Des millions de spectateurs ont participé au Time Warp en salle depuis 1975. Le film est traduit et projeté dans plus de 30 pays depuis 40 ans.


Epstein: symptôme d’un climat

Dans cette lecture originale, Epstein n’est plus seulement un individu déviant. Il devient le produit d’un imaginaire où l’ombre a été esthétisée, ritualisée, banalisée et s’est infusée dans le grand public jusqu’à créer de nouvelles formes-pensées, puis des structures. Un réseau ne naît pas dans le vide. Il émerge dans une culture, dans un climat, dans une tolérance progressive façonnée par des récits, des images et des symboles. Le mythe prépare parfois la scène et celle-ci pourrait bien avoir pris, entre autre, la forme du réseau pédo-sataniste mondial révélée partiellement par l’affaire Epstein.


Bernard de Montréal: l’ombre révèle la lumière

Heureusement, les enseignements de l’initié Bernard de Montréal ne peignent pas tout en noir, même s’ils nous rappellent souvent à l’ordre! Feu le conférencier québécois avait affirmé que lorsque le Mal devient plus visible, c'est que la lumière descend dans les sphères inférieures pour le démasquer. Cela devrait donc être une bonne nouvelle!


Le scandale ne signale pas seulement une chute, il révèle ce qui était déjà là et ce qui est prêt à être consumer, purifier. Oui, les horreurs commises par les membres du réseau Epstein sont le mal absolu et la descente de la lumière sur l’humanité oblige les démons à sortir de leurs repaires pour être vus et annihilés. Pour lui, nier la réalité du mal et le pouvoir des démons, c’est participer au mal planétaire.



Le vrai danger n’est pas seulement l’horreur devenue "spectacle", mais c'est ce qui affaiblit la conscience et enferme l’homme dans des structures invisibles. «Le vrai mal, ce sont les valeurs sociales et les formes collectives qui entravent la volonté individuelle, cette force qui vient de l’âme. Si l’énergie de l’âme ne retourne pas à la lumière, elle s’encapsule, crée des formes, et ces formes deviennent des prisons pour l'humanité. Cela produit un karma mondial qui se retournera contre les hommes » commentait Bernard de Montréal dans l’une de ses nombreuses conférences.


La banalisation culturelle, le doute, l’ironie permanente nourrissent ces formes. La réponse n’est pas la naïveté morale, mais la volonté consciente, une capacité de dissoudre les formes plutôt que de les alimenter. En confondant tolérance et complaisance, on croit adoucir le monde par la bonté. Or il s’agit de détruire la nasse dans laquelle nous sommes retenus, par la volonté pure, c’est-à-dire par la pénétration dans l’homme des forces de l’âme et de l'amour universel.


Voici quelques exemples: un représentant des autorités qui se soumet aux intimidations de la presse (nouvelle police de la pensée) et accepte de faire annuler un spectacle ou un débat public en démocratie, pourrait être qualifié de "faible". Faire de l’idéologie LGBT et transgenre une normalité au point de l’imposer dans les livres scolaires au détriment des valeurs familiales ou de la reconnaissance du genre masculin et féminin indique aussi un affaissement de la volonté personnelle.


Retrouver l’axe

Birnthaler, dans son champ anthroposophique, revient à cette nécessité de se réveiller, de se fortifier intérieurement, de ne pas offrir à l’avenir une humanité somnambule.

La véritable question, au fond, n’est pas «combien de scandales faudra-t-il encore?» pour sortir de notre coma, mais «à quel moment la conscience reprend-elle la main sur les formes»? À quel moment cessons-nous d’alimenter ce qui nous enferme, et commençons-nous à dissoudre — en nous d’abord — ce qui n’a plus lieu d’être?

Oui, le Mal devient plus visible. Mais cette visibilité n’est pas une condamnation. Elle peut être une chance — la chance rare, presque sacrée, de reconnaître enfin ce qui se cache derrière nos habitudes, nos valeurs socialement applaudies, nos doutes entretenus… et de choisir, non pas d’être «bons», mais d’être libres.

 
 
 

2 commentaires

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bea.78
06 mars
Noté 5 étoiles sur 5.

Chère Isabelle, bonjour,

A croire que 1975 n'est pas un millésime, en terme cinématographique.

A choisir, j'opterai plutôt pour "Retour vers le futur" (sorti en 1985) où Marty McFly et son ami le farfelu professionnel Emmett Brown voyagent dans le temps à bord d'une DeLorean, même si le scénario n'a rien à voir avec la comédie musicale de "Rocky Horror Show"... on y retrouve de belles scènes où Marty accompagné de sa guitare s'enflamme sur un "bon vieux rock bien rétro... 😅".

Malheureusement, le Malin ( 😉 à notre Ami Jean) utilise tous les moyens à portée des Humains pour se déplacer et gagner du terrain.

Comme Vous le dites à juste titre, il nous appartient de refuser de prendre…

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En accord avec vous, comme toujours...

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