Thierry Darbellay: la lumière derrière le clown
- Isabelle Alexandrine Bourgeois

- il y a 36 minutes
- 3 min de lecture
Et si l'art dramatique n'avait rien de dramatique? Existe-t-il encore des artistes qui habillent leurs mots d'humour et de lumière? Comédien, humoriste, observateur de nos contradictions et explorateur de conscience, le Valaisan Thierry Darbellay nous ouvre les portes de son univers avec une générosité et une sincérité rare. Au fil d'un entretien profond, drôle et parfois émouvant, il nous invite à retirer quelques masques et à apprivoiser nos peurs... et surtout à retrouver cette étincelle intérieure que personne ne pourra jamais censurer. Rencontre avec un fou du roi en roue libre!

Il existe des interviews dont on ressort un peu plus vivant qu'en y entrant. Celle-ci en fait partie.
Depuis longtemps, j'avais envie de tendre mon micro à Thierry Darbellay. Pas seulement parce qu'il est un humoriste talentueux ou un formidable conteur d'histoires. Mais parce qu'au détour d'une blague, il parvient à faire vaciller nos certitudes avec une délicatesse désarmante. Eh oui, vous m'avez bien lue! Car derrière son emblématique personnage Gibus, taillé à la hache et parfois aussi grossier qu'un concours de pets dans une chorale, il y a une indicible vérité, de fines volutes de transcendance, perceptibles par quelque-uns seulement. C'est peut-être la raison pour laquelle Gibus s'adresse à un public plutôt intimiste. Car derrière les gags au premier degrés, il y à d'autres portes à ouvrir, que tout le monde ne les voit pas. Son originalité et ce que nous avons en commun, lui et moi, c'est le besoin de décrypter le monde depuis "en haut", en prenant du recul et en se mettant dans la peau de tous les protagonistes de la scène du monde. Chez lui, l'humour ne cherche jamais à humilier ou à divisier; il rassemble et éclaire en arrière-plan. Il ne détourne pas le regard de la réalité; il nous aide au contraire à la regarder en face, avec davantage de recul, d'humanité... et parfois de tendresse. Ses sketchs ne polarisent pas, mais partagent, presque chrétiennement, le gâteau de la compassion.
Durant la période du Covid, alors que la peur gagnait les esprits et que de nombreux artistes choisissaient le silence, Thierry Darbellay a poursuivi son chemin avec cette liberté qui le caractérise. Ses prises de parole, souvent drôles, parfois irrévérencieuses, toujours profondément humaines, ont offert un souffle d'oxygène à des milliers de personnes qui avaient le sentiment de ne plus avoir le droit de penser, de questionner ou simplement de respirer autrement. Je fais partie de celles et ceux qui lui en sont reconnaissants.
Mais réduire Thierry à cette période serait passer à côté de l'essentiel. Derrière le comédien se cache un chercheur de vérité. Derrière le clown, un méditant qui aime se rendre en Inde pour se regarder de l'intérieur et contempler la porte du silence en soi. Derrière les personnages qu'il interprète depuis de nombreuses années, Thierry n'a cessé d'explorer les siens pour apprendre, peu à peu, à déposer leur masque.

Au cours de cette conversation spontanée, nous avons parlé de censure, de la liberté d'expression, de notre étrange besoin de porter des masques, du personnage mythique de Gibus, de son mode de vie en camping-car, de sa quête spirituelle, de la lumière qui habite son regard et de cette mission discrète qu'il poursuit depuis toujours: rappeler aux êtres humains qu'ils peuvent rire d'eux-mêmes avant de rire des autres.
Car peut-être est-ce là le véritable pouvoir de l'humour: non pas nous faire oublier le monde, mais nous aider à le traverser sans perdre notre âme.
Je vous souhaite une très belle rencontre avec un homme libre ou presque. Un homme qui n' pas besoin de "faire carrière", d'être adulé ou simplement aimé. Ce qu'on pense de lui, il s'en fiche et continue à crapahuter sur les routes de Suisse en bohémien solitaire et heureux. Un homme qui nous rappelle, avec un sourire contagieux, que la plus belle des résistances commence peut-être par être vrai avec soi et les autres.
Thierry se produira à Riddes le 22 août à 20h00 à la salle de l'Abeille. Venez me rejoindre pour un pique-nique le même jour, à midi, autour de mon camping-car Begoodee, dans un joli coin de nature en Valais, avant de nous rendre au spectacle. Je publierai le lieu sur le groupe Telegram de Planète Vagabonde. @planetpositive




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