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La souris Bodhisattva des ventilations (2/2)

Dernière mise à jour : 21 août

Suite de l'histoire de la petite souris squatteuse de véhicule...


Le 1er janvier, je m'offre une bonne séance de réflexologie chez une amie. Je lui confie que je n'arrive pas à me résoudre a poser les pièges à "mâchoires à ressorts" qui risquent clairement de tuer ou de faire souffrir cette hôte indésirable. Je suis certainement exagérément sensible et la vaillante humanitaire que je fus, dans des pays en guerre, s'est bigrement ramollie. La sachant très proche de la nature, herboriste et bien organisée, je lui demande si, à tout hasard, elle ne possédait pas dans sa cave un autre modèle de piège à souris, vous savez, la version classique qu'on voit dans les dessins animés, la boîte grillagée avec le bout de fromage au bout d'une pique... "Je crois bien que oui, me répond-elle! Elle se fraie un chemin dans sa cabane de jardin et, miracle, ressort quelques minutes plus tard avec un vieux specimen inoffensif de trappe à souris! Le soir même, j'y met un morceau de jambon cru. Au petit matin, ma souris avait tout mangé, sans actionner la trappe. Raté! Je récidive avec du gorgonzola. Encore raté! Elle s'est régalée et est repartie, toute ragaillardie, sur la pointe des pattes. Il faut un fromage plus dur! Je lui donne une dernière chance, sinon, je serai obligée de lui tordre le cou. Je pique cette fois un gros carré de gruyère. Et le lendemain matin, c’est la victoire! Elle est là, toute espiègle, et un peu penaude, derrière la petite trappe.



Mon meilleur ami, grand amateur des animaux, est venu avec moi pour la libérer dans la nature. Nous lui avons préparé un baluchon de riz cuit et un Petit Beurre au chocolat pour tenir au moins deux jours, le temps de s'adapter à sa nouvelle vie. Nous lui avons trouvé un coin formidable, à l'abri de la pluie et des rapaces, entre gros tas de feuilles mortes, petites conduites en plastique abandonnées, bouts de cartons et une balle de tennis perdue qu'elle pourra grignoter à souhait. Je n'oublierai jamais le petit cri de joie qu'elle a lancé lorsque nous avons ouvert la cage! Nous l'avons vu bondir joyeusement au-dessus des feuilles. Je suis bien consciente qu'il faut se tenir à l’écart d'un excès d’anthropomorphisme et d’un sentimentalisme déplacé ! Mais je la préfère vivante et sautillante dans la nature qu'à prendre mon habitacle pour son garde-manger de luxe.



Nous lui avons souhaité "longue vie" et bon voyage! Mon ami a juste eu le temps de prendre une photo d'elle, immortalisant ce petit regard qui en dit long, comme un "merci" qui sourit!


La morale de l'histoire En fin de compte, une fois de plus, tout n'est que perceptions et priorités. Et chacun, depuis son angle de vue et son choix d'incarnation, à 💯 raison. Dans cette rencontre, le bouddhiste se fait "un" avec la souris; le paysan y voit, à juste titre, un nuisible qui menace sa production et sa survie. L'écolo ne prend dans son équation que le respect de la biodiversité; le chasseur célèbre en même temps la beauté de l'animal que la nécessité des équilibres naturels; le maniaque fait de la perfection son axe de vie; l'enfant exprime sa candeur et sa créativité spontanée; le chrétien préfère pétrir son coeur au levain du pardon. Quant à moi, bien consciente de mon incohérence à vouloir protéger cette petite vie tout en mangeant de la viande, une posture qui implique de la subtiliser ailleurs, j'avais besoin d'exprimer néanmoins un aspect de moi que je cherche à déployer sans limite: la bonté.

Ce qui compte, c'est qu'à travers chaque événement de notre existence, nous puissions donner libre cours à la plus belle démonstration de nous-même.

Pour moi, cette histoire insolite résume en minuscule, le sens de toute la Création: observer la Source se vivre et s'exprimer dans les moindres recoins de notre construction terrestre et mentale, depuis un trou de souris dans une ventilation, à un tas de feuilles mortes rassemblées par les vents d'hiver, jusqu'à l'effondrement d'une étoile au-dessus de nous qui deviendra une supernova, avant de finir en lumière.


Comme nous...






 
 
 

10 commentaires

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Noémie
12 janv. 2025

C'est que du bonheur de vous lire Isabelle ! MERCI MERCI MERCI :-) et la fin de l'histoire est la plus géniale qui puisse être ;-)

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Ça c'est chic, merci! J'essaie en effet de me réinventer tous les jours et de créer un contenu original, tout frais du jour, de mon coeur et de mon cerveau, inspiré de tout ce que je vis au quotidien! Alors encore merci de me soutenir dans cette aventure qui nourrit mon âme et ma vie...

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g_raffini
05 janv. 2025

C'est chouette de savoir raconter si bien, j'ai eu beaucoup de plaisir à te lire :o)

Ça me rappelle un peu l'histoire de mes parents chez qui les souris adoraient crécher. Papa a fini par mettre une souricière à l'ancienne, efficace mais sans fin... Environ 300 souris ont été piégées. Après un certain temps, il a décidé de marquer ces adorables rongeurs avec un point de vernis à ongle, avant de les relâcher dans la nature, ceci afin de déterminer si c'était toujours les mêmes qui revenaient. On en a déduit que les souris devaient se donner le mot car aucune de celles qu’il avait marquées n’était revenue ;o)

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Excellent!!! Merci pour cette histoire! Ton père a été d'une patience infinie! Exemplaire! Gros bisou

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christine.ley
05 janv. 2025

Quelle conteuse!!! Avec un cœur gros comme ça… merci pour cette jolie manière de commencer une année que je souhaite à tous radieuse!

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Merci beaucoup ma chère Christine! Cette petite souris a été un cadeau et la source d'un nouveau sourire à partager! Je te souhaite évidemment le meilleur également et te remercie d'avoir pris la peine de m'écrire. Gros câlin

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Essi
Essi
05 janv. 2025

Formidable démonstration de la complexité de la vie!  

On retrouvait cet intérêt chez les cubistes qui "représentent des objets analysés, décomposés et réassemblés en une composition, comme si l'artiste multipliait les différents points de vue".

L'écriture et le choix de la forme du texte, accompagnés des craquantes images de la souris coupable, me semblent toutefois rendre la pensée complexe plus attractive et donc accessible au plus grand nombre, alors que les oeuvres des cubistes apparaissent souvent obscures, un peu tristounettes avec leurs formes géométriques, et in fine réservées à des "spécialistes"...

C'est une belle démonstration de comment transformer quelque chose de plutôt pénible de prime abord en une oeuvre d'art non seulement grâce à la bonté, mais aussi grâce…

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Merci chère Elisabeth, de venir compléter généreusement ce petit conte philosophique, inspiré d'une histoire vraie, comme on les aime! Planète Vagabonde, c'est cela: vagabonder d'un récit à l'autre, d'une aventure à l'autre et de sublimer ensemble le monde par le coeur et l'esprit.

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wanda
wanda
05 janv. 2025

Magnifique démonstration de comment s'accorder avec sa sensibilité, le bon sens et la nature dont nous ne sommes qu'une forme d'expression comme cette petite rongeuse toute émue et émouvante. Merci Isabelle pour cette exemple concret de mansuétude. 🤗

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Chère Wanda, je suis touchée de voir que cette petite histoire t'a fait du bien! C'est tout le but de ce site: être à la fois sur un chemin d'authenticité, de légèreté, de profondeur, d'aventure et d'humour!

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